16 janvier 2026
Rarement la musique a joué un rôle aussi important dans l’œuvre d’un peintre que pour Vassily Kandinsky. En présentant près de 200 œuvres et objets de son atelier, la Philharmonie de Paris et le Musée national d’art moderne-Centre Georges Pompidou s’associent pour dévoiler la place fondamentale de la musique dans son quotidien, dans sa vocation d’artiste et dans l’évolution de sa pratique vers l’abstraction.
Vassily Kandinsky (1866-1944) grandit entre Moscou et Odessa dans le milieu de la grande bourgeoisie où la musique est omniprésente. Sa mère joue du piano, son père de la cithare. Il est lui-même très tôt initié au solfège et pratique le violoncelle avec maestria. C’est sur les traces de Kandinsky, de Moscou à Neuilly, de la figuration post impressionniste jusqu’à l’abstraction que Pierre-Henri Gibert nous entraîne.
Voir le reportage Arte.
C’est en 1911, à Vienne, que Kandinsky vit un choc émotionnel et esthétique en assistant à un concert du compositeur viennois Arnold Schönberg (1874-1951). Le choc est tel que Kandinsky l’ajoute dans la nouvelle édition de son ouvrage majeur, Du Spirituel dans l’art, en le mentionnant comme le compositeur le plus radical de l’époque. Kandinsky ne cessera de faire la promotion de sa musique et entretiendra une correspondance avec lui pendant 20 ans.
« La musique de Schönberg nous introduit dans un royaume où les émotions musicales ne sont pas acoustiques mais purement spirituelles ; ici commence la “musique de l’avenir”. » Vassily Kandinsky
Si la peinture de Kandinsky est empreinte de musique, la musique de Moussorgski (1839-1881) fait aussi le lien avec l’art pictural, notamment celui des dessins et aquarelles que son ami Viktor Hartmann (1834–1873) a exécutés pendant ses voyages à l'étranger. C’est après sa mort, et après que Moussorgski a visité une grande exposition organisée en mémoire de son ami qu’il a composé Tableaux d'une exposition en 1874.
Quelle est la fonction de la peinture contemporaine ? Quels sont les rapports qu'elle entretient avec la musique, la poésie, les mathématiques, la biologie ? Quels sont les pouvoirs de la ligne, de l'espace, de la forme, de la couleur et comment expriment-ils notre conscience nouvelle de nous-mêmes et de l'univers ? C’est à ces questions que Paul Klee apporte une réponse dans Théorie de l'art moderne. Ce livre groupe pour la première fois l'ensemble des textes théoriques parus du vivant de l'artiste, dont les célèbres “Esquisses pédagogiques”. Ami de Vassily Kandinsky, le peintre suisse-allemand Paul Klee, né en 1879 à Berne, pratique lui aussi la musique depuis son enfance, jouant principalement du violon, également du piano, et conserve cette passion pour la musique pendant toute sa vie.
Figure clé de l'avant-garde, Piet Mondrian (1872-1944) était un peintre et théoricien de l'art dont l’influence perdure toujours. Mais l’image d’ascète rigoriste qu’on pourrait être tenté de voir dans ses œuvres les plus célèbres est bousculée par le Mondrian qui fréquente assidûment le Bal Blomet, non loin de la rue où il a installé son atelier, et où il découvre la musique noire et danse sur les rythmes effrénés syncopés du Bal Nègre et du ragtime, ancêtre du jazz. Installé à New York en 1940, cette ville devient une source d’inspiration nouvelle, il y découvre les clubs, la musique de Duke Ellington et le boogie-woogie qui, aussi surprenant que ça puisse paraître au premier regard, influenceront beaucoup sa peinture.
Le Bauhaus représente, au XXe siècle, la référence fondamentale pour tous les mouvements innovants dans le domaine du design et de l'architecture à travers la voix de ses maîtres comme Paul Klee, Josef Albers, Mies van der Rohe et Vassily Kandinsky fraîchement débarqué de Moscou. Ce roman graphique, composé de trois chapitres, raconte son histoire de sa création à Weimar par Walter Gropius en 1919, à la fin de la Première Guerre mondiale, jusqu'à son déménagement en 1925 à Dessau, et sa fermeture par les nazis à Berlin en 1933.
Il n’y a pas que dans la musique classique que des compositeurs ont été touchés par la grâce de la peinture…
Au milieu de l’exposition est exposée une sélection d'outils de l’atelier avec laquelle Kandinsky questionne la musicalité de son processus de création, notamment son travail sur la « sonorité » des couleurs ou ses études visuelles sur la 5e Symphonie de Beethoven. Et donc, on profite de cette occasion pour (re)fredonner le riff de la musique classique le plus connu au monde.
Comment une jeune artiste du début du XXe siècle, rejetée par l'académie des beaux-arts en Allemagne parce qu'elle est une femme, toujours vue dans l'ombre de son compagnon Vassily Kandinsky, devient une peintre éminente et occupe une place centrale dans un mouvement artistique sans précédent ? Avec l'appui de plusieurs intervenants et d'écrits personnels, "Gabriele Münter, pionnière de l'art moderne" retrace la vie d'une des plus illustres figures du mouvement expressionniste allemand du Cavalier Bleu et dresse le portrait d'une artiste singulière, dont l’œuvre témoigne de la complexité de son temps autant que celle de sa propre existence.
En juin 1911, Kandinsky écrivait à Franz Marc : « J'ai un nouveau projet. Une sorte d'almanach avec des reproductions et des articles... et une chronique. Un lien avec le passé ainsi qu'une lueur éclairant l'avenir doivent faire vivre ce miroir... Nous mettrons une œuvre égyptienne à côté d'un petit Zeh, une œuvre chinoise à côté d'un Douanier Rousseau, un dessin populaire à côté d'un Picasso et ainsi de suite. Peu à peu, nous attirerons des écrivains et des musiciens. » Publié en 1912, l'Almanach est le plus stimulant exemple du renouveau des formes esthétiques dans le domaine de tous les arts - des partitions de Schoenberg y sont mêmes reproduites - à la veille du premier conflit mondial, au moment où toutes les formes de la création s'engagent vers une remise en question totale.
Si la musique a inspiré les peintres, la peinture a aussi titillé l’inspiration des auteurs de polar. Écrivain et scénariste, Tonino Benacquista s’est livré à l’exercice avec ce clin d’œil au suprématisme. « Vous savez, on peut mêler l'histoire de la criminalité à celle de la peinture. Au début, on peignait comme on tue, à main tue. L'art brut, on pourrait dire... L'instinct avant la technique. Ensuite est intervenu l'outil, le bâton, le pinceau. Un beau jour, on s'est mis à peindre au couteau. Regardez le travail d'un Jack l'Éventreur... Et puis on a inventé le pistolet. Peindre au pistolet apportait quelque chose de définitif et radical. Et maintenant, à l'ère terroriste, on peint à la bombe, dans la ville, dans le métro. Le graffiti anonyme qui saute au coin de la rue...»