16 janvier 2026
Parce qu’il ne supporte plus son métier de photographe tel qu’il le pratique, Franck Courtès abandonne définitivement ses appareils pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Le prix à payer - une fois ses économies fondues - passe par une multitude petits boulots sous-payés dont l’économie de marché et les applications numériques organisent les dérives. C’est cette expérience qui a inspiré À pied d'œuvre.
« Entre mon métier d’écrivain et celui de manœuvre, je ne suis socialement plus rien de précis. Je suis à la misère ce que cinq heures du soir en hiver sont à l’obscurité : il fait noir mais ce n’est pas encore la nuit. » FC
« La musique, c’est quand même ce que je préfère. Comme je cours beaucoup, j’en écoute beaucoup, beaucoup plus que je ne lis ou que je vais au cinéma. Le chanteur de Future Islands n’a pas du tout le côté séduisant d’un leader, mais sur scène ce type est dingue. Je n’avais pas vu un mec danser aussi bizarrement depuis Ian Curtis, le chanteur de Joy Division. C’est un groupe que j’écoute tous les jours depuis des mois, mais je ne connais personne qui les connaît ! »
« Kompromat c’est le groupe de Vitalic et Rebeka Warrior qui a une présence incroyable sur scène et qui vient de publier son roman Toutes les vies. Je suis un grand fan de Vitalic depuis le début, depuis Ok Cowboy. Mon père écoutait Kraftwerk, The Who, Leonard Cohen… donc, quand sont arrivés la new wave, les batteries pourries, les sons électroniques, j’ai adoré tout ça. D’une manière générale, toute l’électro pop, ce mélange d’électro et d’humain, j’adore. »
« Les Gipsy King, ça va faire trente-cinq ans que je les écoute, et ça ne passe pas ! Je les ai découverts à l’occasion d’une séance photo que m’avait commandée la maison de disque. Le grand public ne les connaissait pas encore. J’ai fait les photos aux Saintes Maries de la mer, avec les familles, eux qui jouaient, les feux de camps… c’était génial. Un morceau comme “Sine Ella” m’émeut encore aujourd’hui. »
« J’étais passé à côté de Bertrand Belin à cause de sa voix tellement proche de celle de Bashung. Quelque part ça me dérangeait. Et puis je l’ai redécouvert récemment avec ses nouveaux titres et je trouve ça sublime. J’en ai profité pour réécouter ses albums précédents et je trouve ça sublime. Il a une écriture, une poésie que j’aime beaucoup. »
« Les Liminanas me font vraiment marrer. C’est le rock basic qui fait du bien. Et puis ils ont un sacré sens de la collaboration puisque, au fil de leurs albums, ils s’entourent de gens comme Pascal Comelade, Laurent Garnier, Bertrand Belin, Bobby Gillespie de Primal Scream, Jon Spencer, ou encore Brigitte Fontaine. Que du beau monde ! »
« Je me suis replongé dans la filmographie de Ruben Ostlund, couronné deux fois à Cannes pour The Square (2017) et Sans filtre (2022). En revoyant Snow Therapy (2014), j’ai trouvé des liens de cousinage avec les nouvelles de mon recueil Les Liens sacrés du mariage. Je me suis senti très proche de son écriture, de ses dialogues, du soin qu’il porte au moindre détail qui rend tout crédible, sa précision. J’adore la façon dont il manipule ses outils cinématographiques. Quelque part, ça m’a fait penser à Justine Triet qui a aussi eu la palme pour Anatomie d’une chute (2023). »
« Eric Rochant est un cinéaste que je suis depuis Un Monde sans pitié, son premier long métrage sorti en 1989. Il a ce regard, cette façon de se mettre à la place des gens qui est assez remarquable. C’est frappant quand on regarde Le Bureau des Légendes et The Agency, son adaptation américaine. Une même scène d’exécution de terroristes, chez Rochant on va voir l’action dans le regard gêné des décisionnaires, avec des sons secs, filtrés par des haut-parleurs d’ordinateur. Au contraire, dans The Agency on est sur le terrain avec des bruits amplifiés et une mise en scène spectaculaire de film d’action. Tout ce que j’aime chez Rochant est dans cette façon de filmer les réactions des gens, de se mettre à leur place. »
« J’ai adoré ce film au point d’en noter des passages, des scènes. C’est tellement beau. J’ai arrêté d’aller au cinéma il y a une quinzaine d’années. Je regarde essentiellement les films sur les plateformes. J’aime la possibilité, sur ces plateformes, de faire des poses émotionnelles, de me préparer à y retourner pour voir la suite. Il m’arrive de me garder les dernières minutes d’un film pour le lendemain, comme un livre dont on retarde la lecture des dernières pages. »
« Je lis assez lentement. Dans les librairies, je lis les premières lignes et je vois tout de suite si j’accroche ou pas. L’écriture de Réjean Ducharme m’a retourné. Il joue avec les mots, avec la langue, sans effet, sans que ça se voit. La littérature, ça tient à tellement peu de choses, c’est tellement fragile que quand ça marche c’est pour moi la plus grande émotion artistique. »
« Vincent Almendros écrit des petits romans, de la littérature d’atmosphère. Les intrigues ne m’intéressent pas plus que ça, c’est vraiment la manière dont c’est fait, la façon dont les mots sont choisis et agencés qui m’intéressent. La langue de Vincent Almendros est belle et moderne à la fois. Je suis complètement amoureux de son écriture au point que ça me complexe. »
« J’ai découvert Les romans durs cette année et j’en ai lu douze ou treize. En revanche, ce qui me déplait profondément, c’est le rapport de Simenon aux femmes. Son regard est insupportable. Par contre, son sens de la narration, la manière qu’il a de faire avancer l’histoire sont exceptionnels. Pour moi, qui lis pour apprendre à écrire, c’est une leçon de littérature. À la fin du Train, je me suis mis à pleurer. »
« Georges Hyvernaud est un écrivain qu’on peut ranger aux côtés d’Emmanuel Bove, Raymond Guérin, Henri Calet, une sorte de Céline en plus enfermé, sans la provocation. C’est une très belle écriture d’après-guerre. Les vaches du titre, c'est nous, c'est l'homme empêtré dans ses petites lâchetés et qui, lentement, s'enfonce dans la boue noire de sa saloperie originelle. »