« En dehors de l’inouïe prouesse vocale, un pur exercice de virelangue, comme s’en proposent les écoliers pour prononcer vite sans fourcher des locutions impossibles à syllaber (telles que « Il reste treize fraises fraîches. »), ce morceau est assis sur un beat de terrifiante gravité, pondéreux et gravide à souhait. L’écriture, prose ou poésie, n’est que rythme et une part organique du rythme touche à cette profondeur quasi stomachale de la vibration. Lamar répète plein de fois d’affilée : “ What they talkin’ ‘bout ? They ain’t talkin’ ‘bout nothin’ “, sans bégayer ni avaler une syllabe. Le rap n’est pas que revendicatif, il se joue de la répétition frénétique et de la grande vitesse, c’est une jongle impressive qui terrasse l’adversaire plus fort qu’une insulte. Chaque phrase commence par ce gimmick, le mot peekaboo (“coucou ?” en français), les mots n’étant plus agglutinés en frénésie que pour faire percussion et ajouter encore à la frime, à l’insolence de Lamar, plus toiseur au micro qu’Ali à la pesée. »