« On arrive sur la question de ce qu’est une œuvre ouverte. La photo, du fait qu’elle est muette, ne nous bassine pas avec des discours. La décision de faire Souviens-toi du futur est partie d’une photo d’Eugene Smith, cet immense reporter de guerre qui, en 1957, se réfugie au 4e étage d’un loft à Manhattan. Il va y rester huit ans à photographier la vie de sa fenêtre. Dans la collection de Marin Karmitz, il y a la photo de cette femme qui est prise à moitié dans l’ombre à moitié dans la lumière. Karmitz me dit : « Toute l’histoire du cinéma moderne est dans cette photo. Tu peux tout imaginer. La femme quitte quelqu’un ou elle va le retrouver, on va venir la chercher ou elle fuit une menace, elle part en voyage ou tout simplement elle va chercher ses enfants à l’école… » En imaginant qui est cette femme et ce qu’elle peut faire à cet instant, il y a mille histoires possibles, des histoires ouvertes dont tu n’as pas la conclusion. Dans un Spielberg, le spectateur paye pour avoir une fin. Il doit sortir de la salle en ayant la résolution de la situation proposée au début du film. Si tu laisses le spectateur en l’air, il sera déçu. Dans une photo ouverte, et dans certains films, c’est au spectateur de se raconter la fin de l’histoire. »