« C’est un des premiers films que j’ai vu. Je dois avoir 12, 13 ans, c’est au cours d’un voyage organisé par la Jeunesse Communiste, en Allemagne de l’Est, à Berlin, voyage censé nous montrer à quel point le socialisme est supérieur au capitalisme. Et c’est une horreur. Dès la frontière il y a les Vopos. Les gars de la J.C. nous obligent à jouer aux échecs, la bouffe… Mais il y a un ciné-club où est projeté M le maudit. Et c’est une révélation ! La lumière est belle, les cadres, l’histoire… Tout fait que tu comprends un truc essentiel : que l’ordre s’appuie sur le désordre et que le désordre a besoin de l’ordre. Les voleurs s’associent à la recherche de ce pédophile parce qu’ils ont besoin de maintenir l’ordre, un certain ordre, celui qui permet de continuer à faire des affaires. À la fin, les braqueurs, bandits, cambrioleurs, arrêtent le personnage de Peter Lorre, et là la meute, la foule, la populace, organise un tribunal populaire. Ce fonctionnement ordre-désordre, m’a fait comprendre mille fois plus de choses qu’un film où tu vas dire le bien et faire défiler, avec la musique, la fille qui pleure, la foule qui court, une fin édifiante… C’est pour ça que Les Graines du figuier sauvage est un concentré de tout ce que je n’aime pas. »