L’Incal, c’est la rencontre de deux immenses génies : Alejandro Jodorowsky, un cerveau totalement paranoïaque, d’une abondance, d’une prodigalité extraordinaire, et Moebius - Jean Giraud, le père de Blueberry - un visionnaire du dessin qui a mis en images une science-fiction différente de celle plutôt dominée par le graphisme américain, et qui là, a pris une dimension universelle. J’ai eu la chance de vivre mon adolescence et ma vie de jeune adulte accompagné par l’éclosion de la nouvelle bande dessinée en France. L’Échos des savanes, Pilote, À Suivre, BD, Métal hurlant, les années soixante-dix et quatre-vingt ont été un miracle de ce point de vue. Dans L’Incal, Moebius a parfaitement réussi à inventer un univers dans lequel on pouvait rester plongé des heures, des images soutenues par les scénarii splendides de Jodorowsky et sa pré-vision d’une société heureusement encore lointaine, mais déjà marquée par notre rapport à la télévision, au suicide et à la culture de masse.