J’ai grandi un peu en vivant sur un catamaran, au loin, au fin fond des montagnes. Je n’ai pas eu de télé avant quasiment mes dix-sept ans, et donc mon rapport au monde, ma projection, s’est beaucoup faite avec la littérature. J’avais bien conscience que je voulais raconter des histoires, mais pas à travers la littérature, même si c’est elle qui m’a porté. J’ai très vite été happé par la littérature américaine des années soixante-dix, quatre-vingt. Don de Lillo a longtemps été mon héros. Je l’ai découvert avec Outremonde, une absolue référence. J’ai eu l’impression d’avoir découvert un monde entier en six cents, sept cents pages, d’avoir parlé à une ville, d’avoir découvert le plus profond de chaque être à l’intérieur de cette ville, à quel point chaque personnage est différent, animé par des pulsions différentes. C’est extrêmement brillant à cet endroit-là.