9 janvier 2026
“ Pour célébrer nos retrouvailles, on ne tarde pas à se jeter sur la potion magique, un savant gloubi-boulga de Bombay gin, sinsemilla, et speedball. Transportés par les effets de ce cocktail détonnant, on trace toute la nuit sur des rails de coke qui nous abandonnent au petit matin sur le bas-côté de la défonce.” Rock me Amin, c’est la vie d’un survivant des années 60-80 estampillées rock n’roll, de Londres aux prisons d'Amin Dada en passant par le Woddstock d'Albert Grossman, et racontées sans bobard par un reporter de guerre qui rentre du front pied au plancher dans une jeep sans frein. L'Automobile Club de France lui a remis son prix de l'Homme pressé 2024 « qui récompense une œuvre dans le style vif et rythmé de l'écrivain Paul Morand ». On les comprend !
« Entre King Crimson, Pink Floyd, Soft Machine et Gong, un chef-d'œuvre perdu et retrouvé de la musique progressive resurgit, quarante ans après, dans sa jeunesse intacte. » Michka Assayas (France Inter). « Un disque 'culte' qui ne déçoit pas, bien au contraire. Jean-Yves Labat de Rossi, John Arthur Holbrook and friends avaient conçu un classique qui mérite sa place auprès des chefs-d'œuvre du rock de l'époque. A l'instar des plus grands diamants bruts de l'histoire du rock, 69 du Baba Scholae est un disque rare, qui peut se permettre de rester enterré pendant plusieurs générations sans perdre de son éclat. » Jean-Emmanuel Deluxe (Technikart)
Todd, c’est une autre histoire. Très American glitter, frimeur et arrogant mais bourré de talent, c’est déjà une star qui scintille au firmament lorsque je fais sa connaissance. Notre amitié s’est forgée derrière les consoles des studios pendant l’enregistrement de A Wizard, a True Star et de Mister Frog (le surnom de JYLdR parmi les musiciens américains), sur les oscillateurs de nos synthés, dans les coulisses du rock prog et les vapeurs de nos élucubrations (Jean-Yves deviendra le clavier attitré d’Utopia, le groupe de Todd Rundgren)
Au petit séminaire, c’est le temps des pionniers du rock : Buddy Holly, Chuck Berry, Gene Vincent, Eddie Cochran, les Righteous Brothers… Mais la première musique sur laquelle j’ai dansé, c’est Ketelbey ! Comme j’avais peur qu’on se foute de moi, je dansais tout seul dans la pièce où il y avait le pickup. Et j’ai fait la même chose sur les disques de rock !
Qu’est-ce qui m’a amené à être musicien ? La claque que j’ai reçue quand j’ai écouté Bach, La Toccata et Fugue en ré mineur. Comme tout gamin, ça m’avait secoué. C’était à l’occasion d’un son et lumières dans les gorges du Tarn. Je découvre aussi l’orgue et le Soli Deo Gloria de Bach quand j’ai 7, 8 ans. Un choc.
J’arrive à Paris pour entrer aux Beaux-Arts, ce qui ne plaisait que moyennement à mon père, médecin. Mais il me paye mes études. A cette époque, ce que j’aimais tout particulièrement c’était la gravure. J’ai donc passé mon concours d’entrée dans la section peinture… en faisant de la gravure. Mes premiers chocs en peinture sont Jérôme Bosch, Caravage, Goya, Dali et le regard des surréalistes, mais aussi ce qu’on appelle les primitifs hollandais et italiens du 16e et 17e siècle. En revanche, je n’ai jamais été un fan de Picasso. Je préférais Braque, Cézanne, Caillebotte surtout. Entre la peinture et la musique, le pont était évident. Il faut se rappeler que, déjà à cette époque, beaucoup des musiciens anglais sortaient des écoles d’art.
Avec la nouvelle mouture de Baba Scholae (le premier groupe de JYLdR Ndlr), on a fait la musique pour une chorégraphie de Graziella Martinez dans la troupe de laquelle dansait Tonie Marshall. Dans la foulée, je rencontre le peintre minimaliste Olivier Mosset qui adore notre musique, et qui décide de nous financer. Il nous emmène dans un petit studio, mais comme peu de temps avant on s’est fait piquer notre matos, il ne restait qu’une guitare à Jules, et à moi, le violon de mon oncle que je branche sur une pédale wah wah et dont je joue comme on joue de la guitare. Et Mosset a adoré ! C’est aussi grâce à lui que je vais ensuite rencontrer Pierre Clémenti (qui voulait jouer de la scie musicale sur le disque !), Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange…
J’ai eu une éducation très classique, avec le passage obligé dans les grands textes classiques que j’apprécie plus maintenant qu’à cette époque ! Aujourd’hui, je redécouvre Maupassant et je trouve ça fabuleux. Son écriture, les tableaux qu’il peint, c’est formidable. Notamment ses nouvelles dans lesquelles il expose beaucoup de choses.
À l’âge du petit séminaire, je me souviens avoir eu une pile de livres d’un côté de mon lit, et un par un, ils passaient de l’autre côté. Je restais parfois une semaine entière au lit à bouquiner, bouquiner, bouquiner. J’ai beaucoup lu, entre autres Malraux, La Condition humaine, La Voie royale, et toutes ses aventures.
Et puis Céline. La musique de son écriture ! Guerre et Londres, les inédits retrouvés récemment, sont formidables. La séquence de la bagarre dans Londres, pour moi c’est une grande pièce de littérature. C’est énorme ! Le rythme de l’action, tu as l’impression d’écouter un bon musicien qui anticipe tout le temps.
Étonnamment le disque que j’écoutais le plus en arrivant à Woodstock, c’est Sibelius. Je commençais aussi à écouter Bruckner. Et en même temps, j’écoutais beaucoup, beaucoup de musique américaine. Et n’oublions pas Clapton période Cream !
Dans les groupes qui m’ont marqué à cette époque, il y a bien sûr les Mothers of Invention de Frank Zappa. J’aimais aussi ce que faisait Richard Bell, le clavier de Janis Joplin. J’étais plus mitigé à l’écoute de The Band, le groupe qui accompagnait Dylan à cette époque, par contre, j’adorais le Paul Butterfield Blues Band, notamment “One More Heartache”. Paul Butterfield était un super harmoniciste.
Mes premiers chocs au cinéma, c’est quand j’arrive à Paris. J’allais au Champollion où j’ai vu Le Dieu noir et le Diable blond, Le Manuscrit trouvé à Saragosse, des films qui faisaient que, quand la lumière se rallumait, je me demandais où j’étais. Le premier Polanski aussi Un Couteau dans l’eau, ou encore Ma Sœur mon amour avec Bibi Andersson. Des films qui ouvrent l’esprit. Le cinéma m’a aussi permis de découvrir des compositeurs formidables comme Ennio Morricone et Nino Rotta. Et La Strada, quel film ! Aujourd’hui, j’ai complètement décroché.
A une époque, je lisais beaucoup de livres de science-fiction pendant que j’écoutais de la musique concrète comme Xenakis, Stockhausen, ou encore Luciano Berio, dans la fameuse collection argentée des disques Philips. Je pouvais les enchaîner et passer tout de suite après aux concertos brandebourgeois, et encore après à Cochran ! Bien sûr, il y avait les Beatles, que j’ai vraiment commencé à apprécier à partir de Sergent Pepper, les Stones aussi, mais après la mort de Brian Jones ce n’est plus le même groupe, moins expérimental. Le Pink Floyd aussi. Est-ce qu’ils m’ont influencé ? Oui bien sûr, mais on était dans la même baignoire à cette époque.
Après mes aventures ougandaises, je faisais sans cesse des allers et retours entre la France et les États-Unis. Je suis passionné, et je l’ai toujours été, de musiques pour orgue, qu’elles soient symphoniques, classiques, baroques, néoclassiques… Mais j’ai toujours trouvé que ces musiques étaient mal enregistrées. J’ai demandé à mon vieux complice John Holbrook de me construire un système que je pourrais facilement trimballer dans les églises. Je décide alors de revenir en France pour enregistrer une anthologie de musique pour orgue. Puis je lance mon label et j’enregistre quelques merveilles comme cet hommage à Philip Glass.
J’étais le producteur artistique de Notre-Dame de Paris où j’ai enregistré beaucoup d'œuvres sacrées quand j’ai entendu parler de Sarajevo. Pour faire court, j’y suis allé une première fois pour enregistrer les orgues de la cathédrale de Sarajevo. Puis j’y suis retourné pour enregistrer une chorale, et c’est ensuite que j’ai monté mon label Ad Vitam avec ma femme.