30 janvier 2026
Un polar complexe et filandreux dans le Los Angeles des années trente. De l’aveu même de Roman Polanski, le réalisateur s’est largement inspiré du personnage de Fred Otash pour composer celui du privé Jake Gittes, incarné par un Jack Nicholson tout à son affaire en détective véreux au museau douloureux.
Il flotte, aujourd’hui encore, au-dessus de la Californie des 60’s et des 70’s, une image de paradis terrestre où tout n’était qu’amour, musique, fleurs et soleil. On pouvait se douter que la réalité n’était pas aussi idyllique. Mais le tableau détaillé de la scène musicale de Los Angeles que nous livre Barney Hoskyns - un des plus fins connaisseurs de l’histoire du rock –dans Waiting for the sun, révèle un envers du décor où la paranoïa, les effets ravageurs des drogues ingérées dans des proportions dantesques, les batailles d’ego et les coups tordus, font frémir. Certains mythes en sortent écornés. Mais quel livre d’histoire !
Enquête sur le destin d’une jeune stripteaseuse, Marli Renfro, doublure de Janet Leigh dans la fameuse scène de la douche de Psychose, par l’auteur de Zodiac – adapté à l’écran par David Fincher – qui permit, en 2008, de relancer la traque d’un des plus célèbres tueurs en série de la Californie. Un thriller où tout est vrai, dédié à... James Ellroy !
En plus d’être admiré par Ellroy et d’être considéré comme un des plus grands stylistes de ces cinquante dernières années, David Peace partage avec le maître de Los Angeles la même marotte d’ancrer ses romans dans une géographie bien précise dont il laboure les artères encore et encore. Après avoir consacré une tétralogie à un sérial killer du Yorkshire, David Peace vient de planter le troisième clou de sa trilogie tokyoïte. En 1949, le président des chemins de fer japonais a disparu. Son corps ne tarde pas à être retrouvé, démembré, sur les voies. Shimoyama venait de procéder au licenciement de 30 000 travailleurs du rail, il était donc devenu une cible potentielle.
Perfidia est un morceau sur l’amour et la trahison dont il existe des dizaines de versions (dont une par Nana Mouskouri !), et le titre du roman précédent de James Ellroy. Dans les années quarante, le jazz swing et les big bands sont rois. Le succès des orchestres de Count Basie, Duke Ellington, Benny Goodman est énorme. Un bonheur n’arrivant jamais seul… Fred Otash détenait un dossier sur le Duke.
En plein MacCarthysme, être considéré comme communiste aux États-Unis était pire, en pleine pandémie, que de vouloir sortir de chez soi à Shanghai… Soupçonné de sympathie pour les communistes, Nicholas Ray doit à Howard Hughes d’avoir échappé aux enquêtes de la commission… mais pas aux dossiers de Fred Otash. D’après lui, Nicholas Ray aurait «Jimmy Dean pour la rondelle, et Natalie Wood pour la moule». Un poète on vous dit.
C’est une des premières merveilles de la poésie italienne. Un des piliers de la littérature mondiale. C’est aussi un des premiers grands textes « people » de l’Histoire, où l’on rencontre beaucoup de connaissances du maître, riches, célèbres ou puissants à l’aube du XIVe siècle. Commencez par Le purgatoire, vous croiserez peut-être Fred Otash !
Fred Otash, ex-flic ripoux et authentique maître chanteur, traquait les stars de cinéma pour faire chanter les studios dans les années 50. Il était le pourvoyeur de ragots en chef du magazine à scandales Confidential. Ellroy en fait un personnage de fiction et l'imagine au purgatoire, torturé par ses anciennes victimes : Marilyn, Ava Gardner, Montgomery Clift... Pour bénéficier d'une « remise de peine », il devra rédiger ses confessions. Incapable de s'en sortir seul, il se fera aider d'un « plumitif » nommé James Ellroy…
Fred Otash se vantait de détenir les écoutes des ébats de Marilyn avec Kennedy... Une chose est sûre : aucune star de l’époque n’a sans doute autant subi jusqu’à sa mort, le 5 août 1962, les assauts de la presse à scandale. Cette enquête très documentée, bien que décriée lors de sa sortie en 1998, donne une idée de l’ambiance...
Après Extorsion, James Ellroy raconte la suite des confessions de Freddy Otash - toujours coincé au purgatoire -, maître chanteur, voyeur et proxénète, ancien flic devenu détective privé qui a fait chanter le tout Hollywood via le tabloïd Confidential où il balançait la vie privée des célébrités. «Confidential préfigurait Internet. Nos raclures de racontars à nous étaient d’un réalisme répugnant. Les blogueurs hâbleurs d’aujourd’hui, avec leurs révélations renversantes ? Des foireux froussards tout autant qu’ils sont. Nous, on souillait les grands studios, on flinguait les flibustiers de la politique. On a injecté à l’Amérique le venin du voyeurisme et on l’a rendue accro à cette drogue diabolique. ON A CRÉÉ LA CULTURE DES MEDIAS MODERNES QUI DÉBALLENT TOUT. On a élaboré une langue cinglante qui est devenue notre marque, notre modèle.»
Retour à Babylone fait suite au Hollywood Babylone du sulfureux réalisateur Kenneth Anger qui révèle l’envers peu reluisant, fait de scandales sexuels et de meurtres, de l’usine à rêves. Entre vilaines rumeurs et histoires trash avérées, c’est souvent autrement moins brillant qu’une étoile sur Sunset Boulevard.
En plus stylé que celle d'Otash (Ah la langue du 18e !), la langue acérée de Saint-Simon pouvait causer des ravages terribles parmi les personnages de la cour qu’il prenait pour cible. Ce récit couvre une trentaine d'années, de 1691 à 1723, soit la fin du règne de Louis XIV et la période de la Régence. Les Mémoires de Saint-Simon, écrits dans les années 1739-1749, furent saisis sur ordre du duc de Choiseul en 1760 et ne purent paraître que sous forme d'extraits entre 1781 et 1790, à Paris et à Bruxelles. Il faudra attendre la Restauration et les années 1829-1830 pour qu’en soit publiée une première édition intégrale. C’est dire !