C’est peut-être le film qui m'a le plus impressionné dans ma vie. Je le raconte dans mon livre, ce sont d'ailleurs les passages les plus autobiographiques. Vertigo (Sueurs froides en français) est d’abord un film inspiré par San Francisco. C’est aujourd'hui une des œuvres les plus commentées de l’histoire du cinéma, mais rappelons le, ce film n'a pas marché à sa sortie, on l'a redécouvert plus tard. S'il m'a tellement impressionné c’est surtout à cause de la puissance quasi incompréhensible de ses images. Godard en a très bien parlé dans ses Histoire(s) du cinéma. On oublie l'argument des films d'Hitchcock, dit-il, mais on se souvient du chignon de Kim Novak, du clocher de l'église, du petit cimetière. On est envoûté par les images de Vertigo exactement comme le personnage de James Stewart est envoûté par celui de Kim Novak, et comme elle-même est envoûtée par le fantôme de sa grand-mère. Je suis allé à San Francisco sur les traces du film, et j'ai constaté que l’endroit qui en a le plus conservé l’atmosphère c’est le petit cimetière dans lequel se trouve la tombe de Carlotta Valdès. Quand on y pénètre c’est stupéfiant parce qu’on a l’impression d’entrer dans le film. On ne sait plus où on est, on se demande si c’est Hitchcock qui a réussi à capturer l’âme de cet endroit, ou si c’est le film tout entier qui est enfermé dans le cimetière.
Evidemment ce film a eu une grosse influence sur l'écriture de mon livre qui essaie de raconter l’emprise qu’un personnage exerce sur un acteur. Le personnage de James Stewart se jette à corps perdu dans cette histoire comme l'acteur se lance dans cette relation très étrange qui le lie à son personnage.