Twin Peaks, le retour, est l'œuvre qui a ouvert le XXIe siècle. Après l'avoir vu, j’ai mis des jours à m’en remettre. Tout ce que j’attends d’une œuvre d’art est là-dedans. On peut venir s'y abreuver, elle ne livre jamais son mystère. Il faut rappeler que c’est Lynch qui a créé le principe moderne de la série avec les deux premières saisons de Twin Peaks. Ce principe consistait à décentrer un personnage principal, Dale Cooper, à le montrer sans cesse débordé par la force étrange qui liait les autres personnages en contaminant tout le film. Son œuvre me procure une joie profonde. Pourquoi ? Lynch, au fond, est leibnizien. Selon Leibniz le monde dans lequel nous vivons a été sélectionné parmi d’autres possibles, mais attention, dit Leibniz, ces mondes sont incompossibles, c’est à dire qu’ils ne peuvent pas exister en même temps. Chez Lynch c’est possible. C'est ainsi que dans la saison 3 de Twin Peaks, on voit Dale Cooper se battre avec trois avatars de lui-même, trois possibilités, comme s'il avait trois vies en même temps. Cela donne un sentiment de libération incroyable.