16 janvier 2026
« Trente ans après sa disparition, l’étoile de Serge Gainsbourg est loin d’avoir pâlie. Raison de plus pour redécouvrir son œuvre de compositeur pour le cinéma. » Thierry Jousse, réalisateur et cinéphile, grand spécialiste ès musiques de film, s’est attelé à fouiller dans l’œuvre de Gainsbourg sur grand écran pour tailler trois émissions d’une heure chacune et diffusées dans son émission Ciné Tempo sur France Musique. On ne remerciera jamais assez l’inventeur du podcast.
On connaît la polémique « art mineur – art majeur » que Gainsbourg lança à la tête d’un Guy Béart qui n’en demandait pas tant. Pétri de culture classique, Gainsbourg a toujours revendiqué haut et fort les influences de Chopin, Schoenberg, Bartók, Debussy, et d’autres encore. Pour Baby Alone in Babylone, Gainsbourg s’appuie sur le 3e mouvement de la symphonie n°3 de Brahms pour composer ce qui reste l’une des plus belles chansons de son répertoire.
À Rebours c’est l’histoire simple d’un antihéros, Jean des Esseintes, qui, après une vie agitée pendant laquelle il a fait l'expérience de tout ce que pouvait lui offrir la société de son temps, se retire dans une maison dans laquelle il a réuni les ouvrages les plus précieux à ses yeux, les objets les plus rares, pour se consacrer à l'oisiveté et à l'étude. Rien d’étonnant donc à ce que Gainsbourg, quand on lui demandait de citer ses auteurs préférés en prose, n’oubliait jamais de citer Huysmans.
« J'étais, quelque part, visionnaire, mais pas assez visionnaire pour être un génie. Un génie c'est un mec qui voit au-delà de sa génération (...). Delacroix était un visionnaire, maintenant on le trouve classique, mais c'est faux. Courbet était un visionnaire, il a arrêté la technique du glacis, il a peint "straight". » Serge Gainsbourg
C’est une tradition en Angleterre que d’écrire son journal. C’est ce que raconte Jane Birkin pour expliquer qu’elle a commencé à tenir le sien à l’âge de douze ans. L’Anglaise préférée des français raconte qu’elle adressait alors ses lignes à sa peluche Munkey, le singe en peluche qui l’accompagne depuis son enfance, celui qu’elle tient dans ses bras sur la pochette du chef d’œuvre de Gainsbourg Histoire de Melody Nelson, et dont elle ne se séparera que pour le glisser dans le cercueil de Serge.
Fruit d’une intuition géniale et d’une complicité certaine, Bayon – alors figure tutélaire des pages musique du quotidien Libération du temps où celui-ci faisait trembler les attaché.e.s de presse – Bayon, donc, propose à Gainsbourg de raconter sa mort dix ans avant que celle-ci ne frappe à la porte. Un testament surréaliste qui, réédité à la mort de Serge, fera se vendre Libération à plus de 800 000 exemplaires.
“Charlotte Gainsbourg a commencé à filmer sa mère, Jane Birkin, pour la regarder comme elle ne l'avait jamais fait. La pudeur de l'une face à l'autre n'avait jamais permis un tel rapprochement. Par l'entremise de la caméra, la glace se brise pour faire émerger un échange inédit, sur plusieurs années, qui efface peu à peu les deux artistes et les met à nu dans une conversation intime inédite et universelle pour laisser apparaître une mère face à une fille. Jane par Charlotte.”
Depuis mercredi dernier La Maison Gainsbourg a ouvert ses portes. Terre de phantasmes des curieux du monde entier, le maître des lieux en avait souvent distillé des images au gré des tournages et autres reportages pour les magazines. C’est sa fille Charlotte qui s’est attelée à la tâche et à ainsi permis aux admirateurs un accès à l’intimité de Gainsbourg, comme on pousse une porte pour pénétrer dans la chambre aux secrets d’un créateur d’exception.
Et si le meilleur album de Gainsbourg des années 80 était cet album de Bashung ? La question peut être posée tant la réussite de Play blessures est totale. Les deux font la paire, et le fruit des nombreuses nuits passées ensemble est un album d’une radicalité et d’une invention totale. Bashung n’est pas un héritier de Gainsbourg. Sur cet album, c’est son égal.
Pour qui veut connaître l’histoire vraie de Gainsbourg auteur-compositeur-interprète, du premier titre déposé à la SACEM en 1954 - Les Amours perdues -, jusqu’aux ébauches de Christain’s name Cristian, l’album qu’il prévoyait d’enregistrer à la Nouvelle Orléans, Le Gainsbook est indispensable. A sa lecture on s’aperçoit que tout est dans ses chansons, celles qu’il chante ou celles qu’il a écrites pour les autres : ses sources d’inspirations, ses complicités (Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier), ses fantasmes, ses intuitions. Le reste n’est que littérature.
Ils sont nombreux ceux qui ont rendu hommage au poinçonneur des Lilas. Mais aucun ne l’a fait comme Mick Harvey - ex compagnon de route de Nick Cave et P.J. Harvey - qui a consacré non pas un, ni deux, ni trois, mais quatre albums à l'homme à la tête de chou. Et en anglais s’il vous plaît : Intoxicated Man (1995), Pink Elephants deux ans plus tard, et comme un ouvrier qui remet son ouvrage sur le métier, Mick Harvey s’est remis au travail pour publier un troisième album de reprises en 2016, Delirium Tremens, puis un quatrième, Intoxicated Women, en 2017. En tout, plus de soixante titres traduits et réarrangés avec, sur certains, la complicité de Bertrand Burgalat. Gonflé et classieux.
Bien sûr Le Poinçonneur, bien sûr Melody Nelson, bien sûr Bonnie and Clyde, bien sûr Les Dessous chics, bien sûr… Il n’empêche, et bien que souvent méprisé par les puristes, Aux armes et caetera reste l’album de la bascule, celui qui mettra le feu aux poudres et lui offrira la reconnaissance publique qu’il souffrait tant de n'avoir jamais reçue. Avec Aux armes et caetera la machine s’emballe et des milliers de « gamins » entrent dans l’œuvre de l’homme à la tête de chou comme d’autres sont entrés dans la carrière... Le plus dadaïste de tous ses albums.