Parfois je me laisse aller à dire que Romeo Castellucci est le plus grand génie d’aujourd’hui, toutes disciplines confondues ! Romeo Castellucci est un metteur en scène de théâtre, un plasticien aussi puisqu’il a fait l’Académie des beaux-arts de Bologne. La première œuvre que j’ai vue de lui, c’était Jules César au Festival d’Avignon en juillet 1998. Ça a été pour moi une expérience inouïe, peut-être la plus sidérante de ma vie d’amateur d’art ! C’est rare d’être le contemporain exact de l’apparition d’un chef d'œuvre. Peut-être ceux qui ont vu Les Demoiselles d’Avignon dans l’atelier de Picasso, en 1907, ont-ils eu ce choc ! Dans ce spectacle il y avait déjà tout ce que j’aimerai plus tard. Il n’y avait quasiment aucune phrase de Shakespeare, c’était une pure expérience visuelle, une succession de scènes et de tableaux où des comédiens se livraient à une sorte de rituel, comme une messe, une liturgie, une cérémonie, qui faisaient advenir sur le plateau une forme de transcendance, de mystère. Pas la représentation d’un mystère, mais le mystère lui-même. C’est un peu comme s’il exauçait le fantasme de Mallarmé d’un théâtre qui soit de l’ordre de la présence et non de la représentation. Faire advenir une forme de divin. Romeo Castellucci cherche à toucher l'indicible et toujours avec les moyens du bord. Il arrive à nous emmener dans des représentations hallucinantes avec du tulle, des plumes, un ventilateur, du carton, des tissus… C’est un illusionniste qui parvient à créer de la poésie pure. Il crée des moments de théâtre sidérants de puissance et de beauté. Toutes les choses que j’ai vues de Romeo Castellucci m’ont sidéré.