A la fameuse question : « si vous ne deviez emporter qu’un livre… », ce serait celui-là. C’est, pour moi, l’un des plus grands romans du 20e siècle. Il assure la transition avec les grands maîtres du 19e et s’inscrit dans une tradition purement française. Comme dans tous les grands romans, il y a un couple, devenu mythique : ce beau colonel de hussards italien, Angelo Pardi, et Pauline de Théus. Il y a un cadre – les tuiles de Manosque – que l’on ne peut oublier une fois le livre refermé. C’est également un formidable roman d’aventure, une épopée face au danger et à la mort et un roman d’amour sublime (car cet amour restera inavoué). Et puis, ce livre possède une dimension intemporelle et métaphorique : l’épidémie de choléra représente tout ce qui va avilir l’humanité : la guerre et le terrorisme de nos sociétés modernes. Enfin, il y a l’écriture de Giono : puissante, brûlante, colorée. Giono m’a révélé, à moi l’homme du nord, ce qu’était la Provence, un pays écrasé de soleil. Pour lui, le soleil pouvait être dangereux et d’ailleurs, sa Provence n’est pas une carte postale. C’est une région de montagne, un pays rude.