Dans son François Mitterrand, l’historien Michel Winock raconte le premier déjeuner du futur Président avec Michel Rocard, en 1974. Enarque, inspecteur des Finances, féru de chiffres, ce dernier confie à ses amis, à la sortie : «Quelle incompétence !» Mitterrand, lui, dit à son entourage : «Quelle inculture…» Tout est dit : «Tonton» a toujours préféré la littérature et l’histoire à l’aridité économico-administrative, s’inscrivant ainsi dans cette tradition française selon laquelle nous respectons plus, chez nos dirigeants, le savoir que le savoir-faire, les grands orateurs qu’incarne à merveille Jean Gabin dans Le Président d’Henri Verneuil… Consacré par la Révolution française puis par l’affaire Dreyfus, ce lien particulier entre culture et politique, entre intellectuels et gouvernants, n’est pourtant pas exempt d’effets pervers. Et ce n’est pas autant qu’on le croit une spécificité française…