Rebelles avec cause

Ils étaient cent coudées au-dessus de la mêlée. Pourtant la concurrence était rude : les Sex Pistols et leurs refrains nihilistes, les Buzzcocks et leur pop-punk vrombissante, les Jam et leurs hymnes classieux... Sans parler de tous les autres. Mais les Clash ne se contentaient pas d’être les plus flamboyants des punks : ils avaient aussi une conscience politique et celle-ci était contagieuse. Près de trente ans après leur disparition, dans une époque où la colère a largement cédé la place au fatalisme « The Last Gang in Town », dont la disparition de Joe Strummer nous a définitivement mis à l’abri du concert de trop, se rappelle ces jours-ci à notre bon souvenir.

les oeuvres
les thèmes

# Un vent de révolte

Sur « White Riot », le premier single de leur premier album, les Clash s’inspirent des troubles survenus en 1976 lors du carnaval antillais de Notting Hill pour cracher leur colère. Deux ans plus tard, « The Guns of Brixton » appelle cette fois franchement à la résistance armée contre les forces de l’ordre et la chanson anticipe d’ailleurs les affrontements qui auront lieu dans ce quartier explosif du sud de Londres en 1981. Mais les Clash ne sont à l’époque pas les seuls à encourager la révolte : le dub poet Linton Kwesi Johnson, responsable de plusieurs albums vindicatifs, ou encore les Ruts, éphémère combo punk, prônent eux aussi l’insurrection individuelle contre l’aliénation sociale...

Disque - 1976
The Clash
The Clash
Film -
If...
Lindsay Anderson
Film - Island - 1979
Forces of Victory
LKJ
Film - 1987
Sammy et Rosie s’envoient en l’air
Frears
Stephen

# Sono globale

Dans les années quatre-vingts, on parle de « sono mondiale » pour désigner les métissages musicaux qui commencent à coloniser la pop music : en Angleterre, le mouvement punk brasse le reggae, le funk, le dub et le punk rock dans un seul et même mouvement ; en Europe et aux États-Unis, le ska et le hip-pop arrivent en force, en provenance directe du rocksteady et du toasting jamaïcains. Un homme incarne le formidable mashup culturel de l’époque et le virage progressif de la pop vers les dancefloors : Don Letts, compagnon de route des Clash depuis leur début, qui a participé aux balbutiements du hip-hop avant de créer Big Audio Dynamite avec Mick Jones.

Disque - Sanctuary - 1981
The Message
Grand Master Flash & the Furious Five
Livre - Rivage Rouge - 2010
Culture Clash
Don Letts
Disque - Astralwerks - 2000
Mali Music
Damon Albarn

# Internationale socialiste

Orwell et Malraux partis combattre le fascisme sur le front de la guerre d’Espagne ; le Che embarqué dans sa galère bolivienne pour exporter la révolution cubaine sur le sous-continent latino-américain ; la guérilla sandiniste qui se propage au Nicaragua dans les années soixante jusqu’à prendre le pouvoir au nez et à la barbe des Américains ; la radicalisation de la fronde de gauche sous l’impulsion du Weathermen et des furieux du MC5 aux États-Unis… Pour affiner leur engagement radical auprès des prolétaires et des sans-grade, les Clash se sont abreuvés aux sources multiples de l’insurrection du XXème siècle.

Livre - 10/18 - 1936
Hommage à la Catalogne
George Orwell
Livre - Points - 2009
Pura vida
Patrick Deville
Disque - Elektra/Asylum - 1968
Kick Out the Jams
MC5

# Crêtes et dreadlocks

En pleine effervescence punk, de nombreuses formations comme les Clash, les Ruts, les Slits, mais aussi un certain Johnny Rotten, fraîchement libéré des Sex Pistols, se tournent vers les rythmiques reggae et c’est un poète dub, Linton Kwesi Johnson, qui chantera la grande insurrection avec peut-être le plus de conviction. « Le reggae et le punk étaient des musiques de rébellion. C'étaient, à l’époque, les cultures des classes populaires noires et blanches montrant leur solidarité les unes envers les autres », expliquera LKJ.

Disque - 1978
Metal Box
PiL
Disque - 1978Island - 1979
Forces of Victory
LKJ
Disque - Virgin Records UK - 1978
The Crack
The Ruts

# Électrons libres

Les Clash ont beau avoir fait partie d’un mouvement collectif, ils n’ont rien fait comme les autres. D’autres électrons libres ont mené leur barque à la marge. On pense à Robert Frank et à son trip photographique à travers les quarante-huit États américains sur les traces de Kerouac ou encore au road-movie du même Robert Frank – Candy Mountain – dans lequel Joe Strummer faisait une apparition remarquée… On se souvient aussi du cinéma voyageur de F.J. Ossang qui embarquait Joe Strummer, encore lui, en ghost pilot dans le ciel du Chili, en plein désert d’Atacama... Et l’on pourrait ajouter n’importe quel titre de l’« Ange noir du rock’n’roll », Vince Taylor, autre franc-tireur devant l’éternel...

Disque - Virgin Records UK - 1978Arcades Video - 2011
Docteur Chance
F.J. Ossang
Disque - Barclay - 1958-1965
The Complete Works
Vince Taylor
Livre - Delpire - 1955
Les Américains
Robert Frank

Pendant ce temps là ...