Neil Young, 50 ans au compteur

Le 23 juillet 1963, les Squires, obscur groupe canadien, enregistraient leur premier 45 tours. Cet été la France fêtera le demi-siècle de carrière de leur chanteur : après Paris (Bercy) le 6 juin, Neil Young et Crazy Horse joueront quatre fois en province du 15 au 20 juillet. Auteur toujours prolifique (onze albums depuis 1999), mais surtout performer infatigable (700 concerts dans le même temps), le guitariste de 67 ans explore soir après soir, en solo ou avec l’un de ses groupes, toute la variété de son répertoire - folk intimiste, rock lourd ou hommage aux années cinquante. Une fidélité à la scène seulement comparable au Never Ending Tour de Bob Dylan, lui aussi constamment sur la route.

les oeuvres
les thèmes

# À la poursuite de Bob Dylan

Neil Young est un élève de Dylan, son aîné de quatre ans. Jeune rocker bluffé par « Blowin' in the Wind », il se lance un temps sur le circuit folk. Sa découverte de Crazy Horse, groupe inconnu, rappelle Dylan recrutant le Band. Son goût de la volte-face, quitte à dérouter le public, est lui aussi caractéristique. En 2010 encore, le Canadien a fait produire son album Le Noise par Daniel Lanois, qui avait relancé la carrière du maître avec Oh Mercy (1989). Mais cette admiration, faite aussi d'influences partagées, est mutuelle : les propriétaires de la maison d'enfance de Young à Winnipeg racontent qu'un jour de 2008, l'auteur de « Like a Rolling Stone » est venu sonner, tel un fan de base.

Disque - Sony Music - 1998
The Bootleg Series Volume 4 : Live 1966
Bob Dylan
Disque - Reprise - 1969
Everybody Knows This Is Nowhere
Neil Young with Crazy Horse
Film - MGM / United Artists - 1976
The Missouri Breaks
Arthur Penn
Livre - Robert Laffont - 2012
Une autobiographie
Neil Young

# Les racines noires de Mr. Soul

En 1993, Young étonne en tournant avec Booker T. and the MGs, l'ex-groupe d'Otis Redding. Attelage pas si incongru : il a grandi au son des radios R&B américaines puis, à ses débuts, a forgé son style en reprenant soir après soir « Farmer John », du duo noir Don & Dewey, qu'il joue encore sur scène. En 1966, avec les Mynah Birds, il signe même un contrat (avorté) chez Motown. Puis écrit « Mr. Soul » pour Buffalo Springfield, pastiche du « Satisfaction » des Stones et puisé aux mêmes sources. Enfin, dans les années quatre-vingts, alors que sa carrière était au plus bas, il refait surface avec les Blue Note, une formation rhythm & blues dotée d'une section de cuivres. Un vrai soulman !

Film - Universal Music - 2007
The Stax
Booker T. and the MGs
Otis Redding
Sam and Dave
Disque - Motown - 1981
Street Songs
Rick James
Livre - Steidl - 2010
Detroit, vestiges du rêve américain
Marchand
Yves
Meffre
Romain

# Road rock

Au printemps 1969, Neil Young pose avec Crazy Horse, qui l'accompagne régulièrement depuis, les bases de son style électrique, tout en rythmique primitive et solos de guitare épiques. Aux antipodes de la tranquille virtuosité de Crosby, Stills & Nash, qu'il rejoint pourtant au même moment. Sur scène, Young joue cette musique sauvage à un volume assourdissant, en s'agitant comme un dément. Ce son et cette attitude extrêmes lui ont valu la clémence des punks en guerre contre les dinosaures dans son genre, puis le respect de la génération grunge.

Disque - Elektra - 1977
Marquee Moon
Television
Disque - Number Six - 1989
The Bridge : A tribute to Neil Young
Pixies
Nick Cave
Sonic Youth
Flaming Lips
Disque - Reprise - 1991
Arc / Weld
Neil Young & Crazy Horse
Disque - Polydor - 1993
Unplugged in New York
Nirvana

# Country Home

« La ville, ça m'épuise vite », chante Neil Young dans « Country Home ». À la fin des années soixante, il quitte la trépidante Los Angeles pour un ranch de Californie du Nord où il vit toujours. À l’image d'autres stars de l'époque, ce retour à la campagne lui inspire un style acoustique décliné en une foule d'albums, depuis son plus gros succès, le très relax Harvest (1972) jusqu'à, par exemple, Prairie Wind (2005). Il n'a jamais cessé non plus de donner des concerts solos intimistes (souvent sous forme d'intermède au cœur d'un show électrique) ou de jouer avec des formations country.

Disque - Universal - 1971
Ram
Paul McCartney
Disque - Reprise - 2007
Massey Hall 1971
Neil Young
Film - MGM / United Artists - 1976
The Missouri Breaks
Arthur Penn
Livre - Robert Laffont - 2012
Une autobiographie
Neil Young

# Une roue dans le fossé

« Une fois sur l'autoroute du succès, j'ai jugé plus intéressant de partir dans le fossé », a écrit Neil Young au sujet d’Harvest (1972). Après ce hit, il se lance en effet dans une tournée à dessein houleuse, défiant son public en ne jouant que des inédits peu séduisants. Puis il publie deux albums au son brut explorant les aspects sordides du rêve américain et de la culture hippie. Cela restera une constante : chaque fois qu'on veut l'enfermer dans une carrière de gentil folkeux, Neil Young rétorque en plongeant dans une noirceur digne des murder ballads country et des singles tragiques de Roy Orbison.

Disque - Sony Music - 1960-1964
The Monument Singles Collection
Roy Orbison
Disque - Sony Music - 1998
The Bootleg Series Volume 4 : Live 1966
Bob Dylan
Disque - Reprise - 1969
Everybody Knows This Is Nowhere
Neil Young with Crazy Horse
Disque - Reprise - 1975
Tonight’s the Night
Neil Young

# Corbillards et belles américaines

L'autobiographie de Neil Young est une ode à la mécanique. Il semble se souvenir de chacune des voitures de sa vie, du corbillard qui servait de camionnette à son premier groupe jusqu'à sa dernière Cadillac dénichée dans une casse, sans oublier ses bus de tournée. Detroit, de l'autre côté de la frontière, était la Mecque du rêve américain pour le jeune Canadien, aussi fou de la Motown – où il enregistra un album avorté avec l'un de ses premiers groupes – que des beautés sur roues sorties des chaînes.

Disque - Motown - 1981
Street Songs
Rick James
Livre - Steidl - 2010
Detroit, vestiges du rêve américain
Marchand
Yves
Meffre
Romain
Livre - Robert Laffont - 2012
Une autobiographie
Neil Young

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