Malcom X

Il y a cinquante ans, le 21 février 1965, Malcolm X était abattu à Harlem de seize balles tirées à bout portant. L’ex-mauvais garçon avait été converti à l’Islam en prison. Passionné, intense et électrique, il incarnait, face à Martin Luther King, l’autre aspect de la lutte pour les droits civiques, celui d’un nationalisme noir qui ne se contenterait plus des marches pacifistes et des sit-in, dans une Amérique secouée par les émeutes raciales. Adepte de l’autodéfense, parrain éloigné des Black Panthers, créées peu après sa mort, il demeure une figure révolutionnaire radicale et visionnaire, même s’il fut controversé, et à laquelle même Barack Obama n’a pas été insensible.

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    Malcolm X

    Spike Lee - Video - 1992
    Pasteur, le père de Malcolm Little propageait les idées de Marcus Garvey… Tombé dans la délinquance, Malcolm est arrêté en 1946 et passe sept ans en prison. En sortant, il se débarrasse de son « nom d’esclave », pour devenir Malcolm X. En affirmant que « la non-violence de Martin Luther King est la meilleure arme de l’homme blanc », il se proclame noir et non pas américain. Tout en captant subtilement la personnalité d’un leader dont la pensée ne cesse d’évoluer, Spike Lee réconcilie toutefois les deux figures historiques en affirmant : « Il existe davantage de similarités que de différences entre lui et Martin Luther King ».
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    Strange Fruit

    Billie Holiday - 1939
    « Les arbres du Sud portent des fruits étranges/Qui les tâchent de sang, des feuilles à la racine/Des corps noirs qui se balancent dans le vent du Sud ». Plus qu’une chanson, c’est un cri de douleur, alors que les lynchages de Noirs sont monnaie courante dans le Vieux Sud où sévit alors « Jim Crow », surnom –tiré d’une chanson de 1832- donné au racisme... Billie Holiday s’identifiera toute sa vie à cette complainte, pourtant écrite par un Blanc, Abel Meeropol.
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    Back In The USA

    MC5 - Audio - 1970
    La sauvagerie rock n’roll de ce groupe proto-punk de Detroit reposait non seulement sur les guitares de Fred « Sonic » Smith et Wayne Kramer ou sur les diatribes politiques furibondes du chanteur Rob Tyner, mais aussi sur la personnalité d’un certain John Sinclair, manager-gourou du groupe, fondateur des « White Panthers », qui estimait que les Blancs devaient accompagner les Noirs dans leur combat contre l’Amérique oppressive. Sinclair rêvait d’une grande nation « arc-en-ciel », et son programme se résumait finalement à des fondamentaux assez basiques : « Rock n’ roll, dope et baise dans la rue ».
  • Retour en Afrique

    Chester Himes - Livre - Série Noire / Gallimard - 1965
    Une enquête des deux flics fétiches de Chester Himes, Ed Cercueil et Fossoyeur, qui officient à Harlem... Un prédicateur prône le retour en Afrique, en récoltant les sommes versées par les « candidats », mais se voit piquer le magot... Dans son autobiographie, Chester Himes, qui avait passé sept années en prison dans les années 1930, avant de devenir écrivain, notait : « L’Amérique m’a beaucoup fait souffrir (…). Quand je me suis défendu, grâce à l’écriture, elle a décidé de me tuer… Quand l’Amérique tue un nègre, il ne faut pas qu’il ressuscite ». Or la voie littéraire est souvent une résurrection...
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    Les Nuits rouges de Harlem (Shaft)

    Gordon Parks - 1971
    John Shaft est un privé noir, marginal et séducteur, qui est chargé d’enquêter sur l’enlèvement de la fille d’un ponte de la mafia noire. La lutte armée entre Blancs et Noirs est ici traitée comme une affaire de grand banditisme. Film-emblème de la Blaxploitation, Shaft est aussi une plongée réaliste dans Harlem, à l’heure du funk et des coupes afro. La musique d’Isaac Hayes –couronnée par un Oscar- est un bijou aux paroles décalées et drôles, qui font ainsi l’éloge du héros : « Who’s the black private dick/That’s a sex machine to all the chicks ?/Shaft !”. A noter également la présence de Drew « Bundini » Brown, l’âme damnée de Muhammad Ali.
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    Les Rêves de mon père

    Barack Obama - Livre - Points - 2004
    Quand il découvre les textes des écrivains noirs Richard Wright, James Baldwin ou Ralph Ellison, Barack Obama, fils d’immigré musulman –mais n’étant pas musulman lui-même-, est frappé par l’angoisse et le mépris de soi qu’ils renferment : « Seule l’autobiographie de Malcolm X proposait autre chose. Ses actes répétés d’autocréation éveillaient un écho en moi ; la poésie brute de ses mots, sa manière directe d’exiger le respect faisaient apparaître un ordre nouveau et sans compromis ». Obama n’a cessé, depuis, de promouvoir et défendre ce que l’écrivain haïtien René Depestre nommait le « métier à métisser ».
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    Muhammad Ali The Greatest

    William Klein - Video - 1964
    Le 24 février 1964, Cassius Clay, qui n’a pas encore annoncé sa conversion à l’Islam, devient champion du monde des poids lourds en battant Sonny « Night Train » Liston. Pourtant, à cette époque, le fort en gueule qui ne laisse jamais passer une occasion de défier l’Amérique blanche est la propriété d’un consortium d’entrepreneurs blancs du Tennessee. « Float like a butterfly, sting like a bee ».
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    Michel Chemin
    Mohamed Ali
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    8 Mile

    Curtis Hanson - 2002
    La « 8 Mile Road », c’est la frontière entre le quartier noir et le quartier blanc de Detroit. « Des deux côtés, c’est la pauvreté », souligne Eminem. Au-delà de prouver que les Blancs peuvent rapper aussi bien que les Noirs, ce film constitue aussi une monographie d’une ville en faillite, qui fait face à des problèmes sociaux et raciaux dont on dit qu’ils résument à eux seuls tous ceux de l’Amérique. Eminem, c’est aussi, dans la droite lignée de son compatriote Iggy Pop, l’incarnation d’un esprit « white trash », où peu importe le genre musical en lui-même.
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    « Ce n’est pas de l’art, c’est du rock’ n’ roll » Iggy Pop
  • Journal d’une fille de Harlem

    Julius Horwitz - Livre - Points - 1970
    Ce « roman » -on a du mal à croire que c’est de la fiction...-, qui a la forme d’un journal intime, s’ouvre sur ces mots : « Nous avons déménagé. Maman n’aimait plus l’immeuble de la 118e rue, depuis qu’on a retrouvé Mrs R. égorgée dans les cabinets du 3e étage ». Réalisme social éprouvant, entre la crasse et la violence de Harlem, et espoir aussi fou que tenace d’une jeune fille de 15 ans qui a décidé d’échapper à « ça »... Chef-d’œuvre.
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    Planet Rock The Album

    Afrika Bambaata & Soulsonic Force - 1985
    Au début des années 1970, New York est au bord de la faillite, avec une criminalité endémique… Mais c’est aussi, sur un plan musical, une ville ultra-créative. Dans le South Bronx, des DJs tels que Kool Herc ou Grandmaster Flash animent des fêtes avec des rimeurs, en se branchant sur les réverbères, quand ils marchent. C’est là que se distingue l’ancien chef de gang Afrika Bambaataa, lors de mixes qu’il qualifie d’ « omnivores ». Les larrons inventent le breakbeat et le hip-hop et Afrika Bambaataa crée la Zulu Nation, qui veille à la paix et à l’esprit de fête.
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    Dernière Nuit sur terre

    Bill T. Jones - Livre - Actes Sud - 1995
    L’autobiographie d’un enfant noir pauvre devenu l’un des plus grands danseurs américains. Gamin, il vivait dans des camps d’ouvriers itinérants et faisait des concours de danse avec ses sœurs : « À cette époque, la danse était une impulsion. Marvin Gaye prenait le mot « baby », lançait le « a » en l’air, l’étirait longuement, lentement, et le remettait brusquement en place avec un petit cri et un sourire ». Son histoire est celle, finalement ordinaire, d’un enfant des sixties, qui a baigné dans un mélange typiquement américain, entre la Bible et Village Voice, Dylan et La Case de l’Oncle Tom...
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    Say it Loud - I’m Black and I’m Proud

    James Brown - 1968
    Dans les années 1940, le rythm & blues était tellement méprisé qu’on l’appelait la « race music ». Il faudra un James Brown, élevé dans un bordel du Vieux Sud, ancien boxeur, pour donner des lettres de noblesse à une musique noire qui pouvait en même temps être sexy. Parmi les messages politiques du « Soul Brother Number One », il s’agissait d’abord de filer doux : « Don’t Be a Drop-Out » (… and Stay In School). Avant de poser les bases du funk et de le mettre au service de la « cause »… Black is beautiful.
  • Conversations avec moi-même

    Nelson Mandela - Livre - Points - 2011
    Le militant anti-ségrégation par excellence du XXe siècle... Emprisonné en 1964 pour incitation à la grève, puis condamné pour sabotage, complot et haute trahison, c’était bien de lutte pour les droits civiques dont il s’agissait. Il devra partager son Prix Nobel de la Paix avec le président Frederik de Klerk en 1993, après l’abolition de l’apartheid, et il restera toujours optimiste : « Que chacune de nos aspirations prouve que Martin Luther King avait raison, quand il disait que l’humanité ne peut plus être tragiquement liée à la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre ».
  • Poèmes complets

    Edouard Glissant - Livre - 1994
    Le Martiniquais Édouard Glissant (1928-2011), qui se considérait comme un poète du « chaos-monde », se distinguait des tenants de la négritude en affirmant une identité africaine impossible à délier de l’Histoire de l’Amérique. Créateur du concept d’ « antillanité » et attaché à la « créolité», il estimait que l’africanité appartenait aussi au monde caraïbe. Ses poèmes restent marqués par la violence de l’esclavage. Comme dans « La Traite » : « On a cloué un peuple aux bateaux de haut bord, on a vendu, loué, troqué la chair ».
  • Ligne de fracture

    Jesmyn Ward - Livre - Belfond - 2008
    Dans la campagne profonde du Sud du Mississippi, entre les bras du fleuve, les bayous, les forêts de conifères et les sous-bois marécageux, on suit le destin de deux frères jumeaux élevés par une grand-mère qui a passé sa vie à frotter les planchers des maisons des Blancs. Ils ont un diplôme et cherchent du boulot, entre deux baignades et un joint... Mais ils sont noirs, dans un univers finalement étriqué, entre le racisme et la tentation de la délinquance. Une nouvelle voix puissante de la littérature afro-américaine, aux accents faulknériens.

Malcolm X
Spike Lee

Strange Fruit
Billie Holiday

Back In The USA
MC5

Retour en Afrique
Chester Himes

Les Nuits rouges de Harlem (Shaft)
Gordon Parks

Les Rêves de mon père
Barack Obama

Muhammad Ali The Greatest
William Klein

8 Mile
Curtis Hanson

Journal d’une fille de Harlem
Julius Horwitz

Planet Rock The Album
Afrika Bambaata & Soulsonic Force

Dernière Nuit sur terre
Bill T. Jones

Say it Loud - I’m Black and I’m Proud
James Brown

Conversations avec moi-même
Nelson Mandela

Poèmes complets
Edouard Glissant

Ligne de fracture
Jesmyn Ward

Dans cette sélection

  • Spike Lee | Malcolm X
  • Billie Holiday | Strange Fruit
  • MC5 | Back In The USA
  • Chester Himes | Retour en Afrique
  • Gordon Parks | Les Nuits rouges de Harlem (Shaft)
  • Barack Obama | Les Rêves de mon père
  • William Klein | Muhammad Ali The Greatest
  • Curtis Hanson | 8 Mile
  • Julius Horwitz | Journal d’une fille de Harlem
  • Afrika Bambaata & Soulsonic Force | Planet Rock The Album
  • Bill T. Jones | Dernière Nuit sur terre
  • James Brown | Say it Loud – I’m Black and I’m Proud
  • Nelson Mandela | Conversations avec moi-même
  • Edouard Glissant | Poèmes complets
  • Jesmyn Ward | Ligne de fracture

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