Con motivo de su publicación en España por la editorial Paidós, Marcus Malte vino a Madrid para presentarnos su último libro, Garden of Love, en la mediateca de Instituto francés.
(Solo en francés)
Avant de nous expliquer comment vous avez conçu ce dernier ouvrage pouvez-vous nous raconter brièvement comment l’histoire commence et comment elle évolue ?
L’histoire est celle d’un flic, personnage un peu classique dans le roman noir, c’est à dire un policier ancien alcoolique complètement à la dérive et seul. Il reçoit un jour un manuscrit anonyme dans lequel est exposé une partie de sa vie. Quelqu’un lui raconte une partie de sa propre vie en la déformant. Comme il le dit lui-même, le manuscrit est divisé en 3 : un tiers du manuscrit est la réalité, des faits qui se sont vraiment passés, un tiers est constitué de mensonges délibérés et un troisième tiers est ce que l’on peut appeler du délire. Il va comprendre assez vite d’où lui vient ce manuscrit et va chercher à faire la part des choses entre la réalité, les mensonges et le délire. Dans ce but, il va repartir sur la piste d’un ancien tueur qu’il a croisé à un moment de son existence et qui a eu une énorme influence sur sa vie. A partir de là, on va suivre ces personnages dans le passé comme dans le présent et se rendre compte que c’est une histoire de fascination et de manipulation entre les deux. Aussi bien l’assassin que le policier ont des raisons de se sentir coupables de certaines choses et chacun à sa façon va essayer de se racheter des fautes qu’il a commises dans le passé.
Que pouvez-vous nous dire sur le héros, ce flic raté qui semble se chercher tout au long du roman ?
Le manuscrit qui lui a été envoyé va le faire rebondir. Au point où il en est dans sa vie c’est une sorte d’épave qui s’est complètement laissé aller et qui n’attend plus rien de l’existence. Ce manuscrit est comme une piqûre qui le réveille et qui lui donne envie de se remettre à chercher en recollant patiemment les morceaux. Aidé par une femme pour qui il compte beaucoup, il va tenter de redonner un sens à sa vie. Dans tout ce qu’il fait il y a une recherche de rédemption. Et c’est finalement grâce à l’assassin qu’il va y arriver. C’est d’ailleurs là où le jeu est intéressant : quelles sont les réelles motivations de cet assassin ? pourquoi lui envoie-t-il ce manuscrit ? pourquoi à ce moment là ?
Pouvez-vous nous parler du thème principal du livre : la schizophrénie ?
En ce qui concerne la schizophrénie, je me suis un petit peu documenté mais pas tant que ça. Je l’ai fait en cours d’écriture car au départ je ne savais pas que le personnage de l’assassin allait présenter cet aspect là. Quand je m’en suis aperçu j’ai fait des recherches, surtout pour ne pas dire d’énormes bêtises. Mais en général je me documente assez peu, sauf sur des sujets très pointus. C’est surtout à l’instinct que je fais ce genre de chose. Je n’ai pas eu trop de mal à me mettre dans la peau d’un personnage schizophrène car j’ai l’impression que le romancier est toujours, au moins en partie, dans cet état d’esprit. Son rôle est en effet d’inventer des multitudes de vies et de s’y projeter à travers les personnages qu’il crée. J’ai donc souvent l’impression d’être schizophrène moi-même.
Ce que l’on retient surtout du livre c’est sa forme, la façon dont il est écrit. Comment vous est venue l’idée d’une structure aussi complexe, avec des mises en abyme, des jeux de miroir, etc. ? Comment vous-y êtes vous retrouvé vous-même en écrivant ?
Au départ le livre n’était pas construit de cette façon. En fait il s’agit d’une déconstruction. Je l’ai d’abord écrit de façon linéaire et après j’ai pris les morceaux et je les ai mélangés…pas n’importe comment mais je les ai mélangés d’une certaine façon, à la fois pour rendre le récit plus dynamique, plus intrigant, et aussi je crois pour tenter de suivre la façon de penser d’un schizophrène, ce qui peut se passer dans son cerveau. Après c’est au policier dans le livre et au lecteur lui-même de rassembler les morceaux du puzzle.
L’idée est de rentrer dans le livre comme dans un palais des glaces, une sorte de labyrinthe dont on ne connaît pas la sortie ; on se cogne aux parois et on cherche une autre sortie, on tombe aussi sur des miroirs déformants qui changent la réalité. J’aimais bien cette image de rentrer dans un labyrinthe et de se perdre. Selon les endroits où l’on va dans ce parcours, on tombe parfois sur des recoins très sombres, très noirs, et d’autres fois sur des recoins où il y a au contraire de la beauté, de l’amour, des choses plus pures.
Y a-t-il une partie autobiographique dans ce livre ? Vous êtes vous inspiré de votre vie personnelle pour l’écrire ?
Donc je serais…l’assassin ? (rires) En règle général, je n’ai pas l’impression de parler de moi. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas de parler de moi. Je veux au contraire vivre des vies différentes à travers mes personnages. Je ne veux pas raconter Ma vie, qui, je pense, n’a aucun intérêt pour le lecteur. J’essaye donc de créer des personnages, des histoires, des univers, des existences…Si on lit tous mes romans on va évidemment trouver des choses qui constituent le fond de mon être. Mais à la limite je préfère ne pas trop creuser, ne pas trop savoir ce qui est au fond. Je ne suis pas très porté sur la psychanalyse…je préfère rester un petit peu dans le flou.
A quels lecteurs votre livre s’adresse-t-il ?
J’essaye d’atteindre tous les lecteurs, je n’ai pas de lectorat précis. J’essaye de partager de émotions à travers l’écriture. Un livre est une rencontre entre un auteur et un lecteur. J’espère toujours que la rencontre va être belle et forte car de mon côté je donne tout ce que je peux à chaque livre.
Dans ce roman vous mêlez le quotidien de quelqu’un d’ordinaire à la terreur, l’angoisse, la folie, des choses presque irréelles. Comment arrivez-vous à maintenir l’équilibre entre la réalité et le fantastique, pour ne pas basculer dans la totale science fiction ?
Je crois qu’on est quand même assez éloignés du fantastique. J’aime bien prendre des personnages qui sont ordinaires au départ , qui ne sont pas des héros. C’est là où ça devient intéressant selon moi, quand ces personnages, qui sont des personnages communs, rencontrent un obstacle, ou en tout cas arrivent à un moment où leur vie, pour une raison ou une autre, est sur le point de basculer. Je pense qu’on est vraiment tous sur un fil. Selon ce qui peut se passer dans notre vie, on peut basculer d’un côté comme de l’autre. Alors c’est vrai que j’ai tendance à prendre les personnages au moment où ils basculent du côté sombre. Je crois que la plupart des gens peuvent devenir meurtrier selon les circonstances de la vie. Pour moi c’est le but du romancier de prendre des personnages ordinaires et de les mettre dans des situations qui, elles, ne sont pas ordinaires.
Même s’il est vrai que le personnage de l’assassin a un pouvoir de fascination incompréhensible, ce livre n’est pas de la science fiction ou du fantastique au sens surnaturel. Quand on s’intéresse dans la réalité aux tueurs en série ou ce genre de personnes, cela dépasse parfois de très loin la fiction. Et pourtant ce sont des choses qui arrivent vraiment malheureusement.
Il ne faut peut être pas présenter le livre comme un roman policier. Il y a certains ingrédients du roman policier, certains aspects qui rappellent le roman policier, mais c’est un roman noir. D’ailleurs, les lectrices qui ont donné le prix de Elle et que j’ai eu le plaisir de rencontrer m’ont souvent dit qu’elles ne comprenaient pas pourquoi ce livre était dans la catégorie « policier » et non dans la catégorie « littérature générale ».
Et le titre ?
Le titre Garden of Love vient d’un poème de William Blake, qui fait partie de l’histoire…je ne veux pas trop dévoiler. Le début du manuscrit commence par cette phrase : « Je suis retourné dans le Jardin de l’amour… » et après…qu’es-ce qu’il a vu… ? Je ne le dirai pas.
Entrevista realizada por Céline de Dianous para VivelaCulture