Le malentendu Mc Cartney

Qu’attendre d'un nouveau McCartney en 2013, son quatorzième album en quinze ans, tous genres confondus ? Rien si on en croit son numéro de scène, un cocktail avec beaucoup de Beatles, un peu de Wings et pas grand-chose d’autre, rodé en quelque quatre cent quarante concerts depuis 1989. En revanche, en studio, cet homme de 71 ans ose tout : musique électronique, œuvres classiques ou chansons pop enregistrées dans des conditions extrêmes (faire tout lui-même sans musiciens, se donner une seule journée par morceau, utiliser des instruments exotiques...). Caricaturé depuis toujours en simple auteur de ballades sentimentales, desservi par son image publique 100% consensuelle, l’artiste a en lui bien plus de rock et d’audace qu’on ne le croit.

les oeuvres
les thèmes

# L'incompris

Le problème de McCartney a un nom : John Lennon. À côté de ce personnage extraverti, écorché vif, audacieux et mort dans des circonstances dramatiques, lui est resté « le gentil Beatles » pour les livres d'histoire – et ça l'agace assez pour qu'il y consacre encore une chanson (« Early Days ») de son nouvel album, après s'être fait écrire une autobiographie en forme d'autojustification. Mais son travail plus récent mérite lui aussi une réévaluation : depuis la fin des années quatre-vingt-dix, les disques de McCartney sont variés, innovants et introspectifs, bref, plus intéressants que ceux des deux décennies précédentes.

Disque - Concord / Universal - 2013
New
Paul McCartney
Livre - Le Mot et le Reste - 1994
Revolution in the Head
Ian MacDonald
Livre - Flammarion - 1997
Many Years from Now
Barry Miles

# Le rockeur

Le malentendu date sans doute du 14 juin 1965, le jour où McCartney, à quelques jours de ses 23 ans, enregistra « Yesterday », devenue la chanson de tous les records et censée incarner son style. Or, quelques minutes auparavant, il avait aussi hurlé dans son micro « I'm Down », un rock salace écrit à la va-vite et enregistré en une prise... Fidèle à ses racines fifties, vers lesquelles il replonge à la moindre occasion, auteur et chanteur de quelques-unes des chansons les plus brutales des Beatles (comme « Helter Skelter », récemment jouée sur scène avec les survivants du groupe Nirvana), McCartney a toujours eu le respect de musiciens peu suspects d'aimer la guimauve, de Jimi Hendrix à Motörhead.

Disque - Performance - 1956-1960
Don't You Rock Me Daddy-O
The Vipers Skiffle Group
Disque - MCA - 1955 - 1959
The Buddy Holly Collection
Buddy Holly
Disque - Ryko - 2006
Butchering the Beatles : A Headbashing Tribute
Alice Cooper
Lemmy Kilmister
Billy Gibbons
Disque - Sony - 1967
Axis : Bold As Love
Jimi Hendrix

# L'avant-gardiste

Une bonne partie de l'autobiographie Many Years from Now est là pour rappeler le rôle d'innovateur de McCartney au sein des Beatles – il était, de loin, le plus « branché » des quatre sur tout ce qui bougeait dans le Londres des années soixante. Musique expérimentale, art contemporain, bidouillages en studio, tout cela s'est intégré à l'œuvre du groupe et reste, aujourd'hui aussi, au cœur de son travail.

Film - Arte Éditions - 2012
Magritte, le jour et la nuit
Henri de Gerlache
Disque - Pias - 2008
Electric Arguments
Paul McCartney & The Fireman
Livre - Antique Collector's Club - 2010
Design : Peter Blake
Brian Webb & Peyton Skipwith

# L'éclectique

Si New est son premier album « pop » en six ans, McCartney a entre-temps publié un disque de musique électronique et livré une partition classique au New York City Ballet (deux genres qu'il a explorés assidûment dès les années soixante), sans parler de sa collection de reprises jazzy avec la chanteuse Diana Krall (Kisses on the Bottom, 2011). Ces centres d'intérêts tous azimuts, qui ont toujours informé son travail, avec les Beatles et après, sont un modèle d'ouverture d'esprit pour n'importe quel artiste décidé à ne pas s'enfermer dans le strict format de la pop rock.

Film - Optimum Home Releasing - 1966
The Family Way
Roy Boulting
Disque - Interscope / Geffen Records - 2002
Sea Change
Beck
Disque - Hot Fruit Records - 2012
Here Come the Bombs
Gaz Coombes
Disque - Parlophone - 1999
Run Devil Run
Paul McCartney

# Le dépressif

Tout en sourires, clins d'œil et pouces levés, McCartney n'a jamais cherché à arborer la pose du rockeur ténébreux, de l'artiste torturé. Sur son nouvel album, comme sur ceux qui ont suivi les grands traumatismes de sa vie (la séparation des Beatles en 1970, la mort de sa première femme Linda en 1998, ses déboires avec la deuxième, Heather Mills, dans les années 2000), le joyeux drille laisse pourtant entrevoir de belles fêlures. Un élément mal connu mais essentiel de sa personnalité.

Disque - Interscope / Geffen Records - 2002
Sea Change
Beck
Disque - Parlophone - 1999
Run Devil Run
Paul McCartney
Disque - Starcon - 2005
Chaos & Creation in the Backyard
Paul McCartney

# Le bricoleur spontané

Parce qu'il fut largement responsable de l'orchestration luxuriante de Sgt. Pepper's et du medley final sur Abbey Road, on croit McCartney adepte d'une musique léchée et surproduite. Or, s'il pèche parfois par gourmandise (trop d'arrangements, trop d'invités prestigieux, trop de temps en studio), c'est plutôt une esthétique du dépouillement qui domine son œuvre. Souvent seul à jouer de tous les instruments, il aime aussi les enregistrements rapides, à la limite de l'artisanat, même quand il donne dans l'expérimentation electro. Une méthode qui a largement fait école auprès d'artistes bidouilleurs solitaires comme Beck, Eels ou plus récemment l'ex-Supergrass, Gaz Coombes.

Disque - Pias - 2008
Electric Arguments
Paul McCartney & The Fireman
Disque - Interscope / Geffen Records - 2002
Sea Change
Beck
Disque - Hot Fruit Records - 2012
Here Come the Bombs
Gaz Coombes

Pendant ce temps là ...