Kraftwerk : Des machines et des hommes

Le plus singulier des groupes de pop allemande jouera ses huit albums – un par soir - à la nouvelle Fondation Louis Vuitton, du 6 au 14 novembre. Du quatuor fondé à Düsseldorf en 1970, il ne reste pourtant, du line-up originel, que Ralf Hütter... Mais qu’importe ! Kraftwerk – à nouveau composé en quatuor - c’est avant tout une « marque » et un concept. Leurs concerts sont de véritables « son, images et lumière » en 3D, axés sur un simple postulat, que le groupe défendait déjà ainsi il y a trente ans : « Avec la musique électronique, vous avez le contrôle de l’imagination des gens qui sont dans la salle ». Bienvenue dans l’univers artistique des hommes-machines !

les oeuvres
les thèmes

# « Rock choucroute »

Le mouvement tire son sobriquet du morceau « Krautrock » du groupe Faust. Née au début des années 1970, avec des groupes comme Tangerine Dream, Can, Neu !, Amon Düül II ou Kraftwerk, cette musique expérimentale électronique a été influencée par des courants divers, du rock psychédélique au rock progressif, en passant par le free jazz ou le funk. Avant-gardiste et conçue comme la « musique cosmique » ultime, elle se voulait une réponse au rock à guitares américain autant qu’à la froideur du monde industriel. Parfois contemplative, souvent dansante, elle lorgnait du côté du happening sonore, avec des riffs synthétiques répétitifs, en jouant avant tout sur une imagerie (no-) futuriste.

Disque - Phillips - 1974
Autobahn
Kraftwerk
Disque - Mute Records - 1972
Ege Bamyasi
Can
Disque - Grönland - 1971
NEU !
Neu !

# Le « concept live »

Certains groupes - visionnaires ou allumés - concevaient leurs prestations scéniques comme des œuvres à part entière. Soit Pink Floyd enregistrant un live à Pompéi sans un seul spectateur, ou les Islandais de Sigur Rós jouant, lors d’une tournée, dans tous les lieux improbables, passant d’une ancienne conserverie de poissons à une grotte… Comme Peter Hook « rejouant » les albums studio de New Order sur scène, Kraftwerk a choisi de mettre l’accent sur le spectacle, dont la musique n’est (presque) plus que la « bande-son ».

Disque - Phillips - 1974
Autobahn
Kraftwerk
Disque - Mute / BMG - 2014
Lament
Einstürzende Neubauten
Disque - Sony Music - 1967
Jimi Plays Monterey
Hendrix
Jimi

# L’âge d’or des producteurs

Collages successifs de sons synthétiques saturés, enregistrements de voix à l’envers, juxtaposition de différentes sources sonores par un système de collage dérivé du cut-up de Burroughs : le Krautrock n’aurait pas existé sans ces géniales expérimentations de studio et sans Conny Plank (1940-1987), qui croyait au rock « industriel » à condition d’utiliser ses outils, comme des grands fûts en métal en guise de percussions. C’est lui qui a sculpté le « Neue Deutsche Welle », de Nina Hagen à Einstürzende Neubauten. Martin Hannett, pilier du label Factory, qui intégrait des bruits de vieux ascenseurs et imaginait créer des « hologrammes sonores », lui devait tout.

Disque - Mute Records - 1972
Ege Bamyasi
Can
Disque - Mute Records - 1972Cherry Red Books - 2011
The Legendary Joe Meek
John Repsch
Disque - Cleopatra Records - 1978
14 Dub Blackboard Jungle
Lee Scratch Perry & The Upsetters
Livre - Ollendorff & Desseins - 2014
Detroit Sampler
Pierre Evil

# L’homme machine

Quand on demanda à Lester Bangs où allait le rock, en 1975, il répondit : « il est en cours de capture par les Allemands et les machines ». Le musicien-instrumentiste s’efface quand apparaît l’écran d’ordi, et la machine ne dépasse pas seulement l’artiste-technicien, elle l’absorbe. On entrevoit la fin du rock-star system, et on visualise alors une sorte de contre-utopie cauchemardesque… Même le syndicat des musiciens allemands – la peur du chômage, déjà... - avait fait interdire à Kraftwerk de se servir de bandes préenregistrées lors de passages à la télé !

Disque - Le Son du Maquis - 2008
A Man & A Machine Vol 1.
Anthologie - Collectif
Livre - Robert Laffont - 1986
Rock Machine
Norman Spinrad
Livre - Mnémos - 2013
Un an dans les airs
Nicolas Fructus
Film - Warner Bros. - 1968
2001 : l’Odyssée de l’espace
Stanley Kubrick

# Art total

C’est dans les galeries d’art qu’est vraiment né Kraftwerk, pour des performances au cours desquelles leur musique n’était alors conçue que comme un « soutien à l’image ». Ce sera d’ailleurs Emil Schult, sorti des Beaux-Arts, qui dessinera leurs logos, dès 1973, et définira leur « architecture graphique ». De la même façon, les disques sortis par la Factory de Manchester devaient beaucoup à Peter Saville, designer des pochettes des albums de Joy Division et New Order. Sans parler des liens entre Andy Warhol et le Velvet Underground, l’atelier d’artiste devient un laboratoire de créations tous azimuts. Ce que Patti Smith, en paraphrasant Lénine, formulait ainsi : « Le rock, c’est de l’art plus l’électricité ».

Musée - Fondation Vuitton - 2014
La Fondation Vuitton
Frank Ghery
Livre - La Bibliothèque des Arts - 2011
Joseph Beuys
Alain Borer
Disque - Columbia - 2013
Random Access Memories
Daft Punk

# De Düsseldorf à Detroit

Alors que les années 1980 s’ouvrent sur un immense champ d’expérimentations sonores, de Depeche Mode à Art of Noise, en passant par Soft Cell, Front 242 ou Danse Society, elles se termineront par la création de la house et de la techno, à Chicago et Detroit, soit un mouvement nourri, au départ, de disco italienne, de funk à la George Clinton et de Krautrock. Il s’agissait au début de ramener les filles vers le dancefloor, ils se retrouveront finalement tous dans la culture « free-party », dans un champ ou un vieil entrepôt. Danse, camarade, le vieux monde analogique est derrière toi !

Disque - Mute Records - 1972
Ege Bamyasi
Can
Disque - Le Son du Maquis - 2008
A Man & A Machine Vol 1.
Anthologie - Collectif
Disque - Columbia - 2013
Random Access Memories
Daft Punk
Livre - Ollendorff & Desseins - 2014
Detroit Sampler
Pierre Evil

Pendant ce temps là ...