Jim Jarmusch, le dernier romantique

Jim Jarmusch a vu deux fées se pencher sur son berceau ; la fée cinéma et la fée rock’n’roll. Fort de ce parrainage, il pose ses valises d’étudiant à New York dans le milieu des années 70. La ville qui ne dort jamais est alors le creuset d’une formidable force créatrice d’où émergeront le graff’, la peinture de Basquiat, celle de Keith Haring, le rap, la culture hip-hop, The Talking Heads, The Lounge Lizards, The Ramones, Blondie, Chic... et des centaines d’autres. Le cinéma de Jim Jarmusch se nourrit de ce bouillonnement et les personnages aux allures de dandy que l’on croise dans les grandes métropoles en sont la marque de fabrique. On les retrouve dès son premier film Permanent vacation, en 1980, puis dans Stranger than paradise, Caméra d’or au Festival de Cannes en 1984. La sortie de son nouveau film Only lovers left alive est l’occasion de replonger aux sources de son treizième long métrage sur les écrans le 19 février prochain.

les oeuvres
les thèmes

# Caliente caliente !

La tradition des grands orchestres de jazz (ceux de Cab Calloway, de Count Basie...) qui incendiaient les nuits folles de Harlem, et la salsa importée par les vagues successives d’émigrants portoricains, font partie intégrante de la culture musicale new yorkaise. C’est une source à laquelle des groupes viennent régulièrement puiser l’inspiration. Même aux temps anciens de la new wave la plus froide, Kid Creole, Fania All-Stars et tous les autres, finissaient toujours par attirer les tribus les plus diverses devant lesquels ils donnaient des concerts qui prenaient parfois l’allure d’un grand sabbat tropical. En-core !

Disque - ZE - 1979 - 2009
ZE Records Story 1979-2009
ZE
Disque - Island - 1981
Fresh fruit in different places
Kid Creole And The Coconuts
Disque - Fania - 1971
Live at the Cheetah vol.1
Stars Fania All

# NY, pur rock’n’roll

A cette époque, la fin des années 70 et le début des années 80, New York est LA ville la plus rock au monde. Essayer de trouver un autre nom c’est se faire mal à la tête pour rien. Rock = New York. La ville produisait ce qui se faisait de mieux dans tous les courants (punk, new wave, no wave…) et magnétisait littéralement le reste du monde. En 1984 le groupe Téléphone chantait encore « Un jour j’irai à New York avec toi… »

Disque - Sire - 1977
77
Talking heads
Disque - Sacred Bones Records - 2012
The mystery of heaven
Jim Jarmusch
Jozef Van Wissem
Disque - Sire - 1980
So alone
Johnny Thunders

# Do it yourself

Les situations les plus désespérées produisent parfois une énergie qui donne envie de se battre avec rage. A la fin des années 70, New York (Detroit aujourd’hui) est au bord du gouffre financier, et des quartiers entiers et leurs habitants sont abandonnés produisant misère et violence. C’est pourtant dans cette même ville qu’un nombre incroyable d’artistes va faire table rase des conventions et des circuits traditionnels pour produire des œuvres dans toutes les disciplines. Certaines occupent les meilleures places dans les musées, dans nos discothèques ou dans nos bibliothèques.

Film - Miramax - 1996
Basquiat
Julian Schnabel
Livre - Damiani - 2010
Detroit disassembled
Andrew Moore
Livre - Tristram - 1996
La Mer de Corail
Patti Smith
Livre - Allia - 2005
Can’t stop won’t stop
Jeff Chang

# Culture Club

Vivre en marge c’est souvent vivre la nuit, et pour avoir chaud, la nuit, on va dans les clubs. On y dîne parfois, on y boit beaucoup, on discute sur la musique, on drague, on prend des ascenseurs pour atteindre des paradis artificiels... Tous, des plus glamour (le Studio 54, Le Palace, Les Bains... ) au plus rock (le CBGB, Max’s Kansas City, le Gibus...) ont contribué à créer cette culture qui rendait les nuits de certains plus belles que le jours des autres.

Disque - ZE - 1979 - 2009
ZE Records Story 1979-2009
ZE
Livre - Allia - 2005
Can’t stop won’t stop
Jeff Chang
Livre - Champaka - 2006
Nightclubbing Desperados
Serge clerc
Film - Paramount pictures - 1977
La fièvre du samedi soir
John Badham

# L’homme venu d’ailleurs

Bien que musicien dans l’âme, c’est en réalisant des films que Jim Jarmusch a trouvé un terrain d’expression à sa mesure pour produire un cinéma tout à son image de grand dandy urbain. Des personnages en marge à la classe folle, un amour des textes et de la poésie, une notion du temps qui ne se mesure pas sur une montre, un amour de la musique sans limite. On sent planer au-dessus de lui les grandes figures tutélaires de Nicholas Ray, William Burroughs ou Paul Bowles.

Film - 2014
Only lovers left alive
Jim Jarmusch
Disque - Sacred Bones Records - 2012
The mystery of heaven
Jim Jarmusch
Jozef Van Wissem
Film - BAC - 1999
Ghost Dog, la voie du samouraï
Jim Jarmush
Livre - L'imaginaire - 1949
Un thé au sahara
Paul Bowles

Pendant ce temps là ...