Claude Viallat : le peintre chasseur de châssis

« C’est le système qui est important, pas la forme, la répétition de la forme. La répétition de la forme, c’est l’arbre qui cache la forêt ; ce qui est important, c’est le système, le plus banal qui soit », écrit Claude Viallat, qui depuis 1966 peint la même forme, à mi-chemin entre un haricot, une palette et un osselet. L’artiste est à l’origine du mouvement Supports/Surfaces en 1969 : une remise en cause d’un des fondamentaux de l’histoire de la peinture, le châssis. Ses toiles flottent actuellement dans la chapelle de l’Oratoire à Nantes. Claude Viallat qui rejette la suavité pour suivre les pistes des taureaux, des trappeurs et de Tarzan, est accueilli par une ville dont la révolution culturelle n’est pas une formule creuse, comme le rappellent son Lieu Unique et son Grand Éléphant qui barrit au bord de la Loire.

les oeuvres
les thèmes

# Révolutions dans l’art

Vaste sujet ou sujet unique de l’art, qui comme la révolution fait trembler la société. Ainsi Courbet au XIXe siècle transgresse avec L’enterrement à Ornans la règle des formats qui interdisait de traiter en grand un petit sujet. Avant lui, l’art baroque au XVIIe siècle est éruptif quand l’art classique prônait l’équilibre. Parmi les artistes modernes, Rauschenberg est un modèle pour Claude Viallat, sensible à ses Combines Paintings qui sont la première expérience de mélange de peinture et sculpture dégoulinantes. Au cinéma aussi, les révolutions éclatent parfois ; en 1982, Jacques Demy a surpris le public avec un drame social musical.

Livre - Editions Somogy - 2014
Viallat, une rétrospective
Livre - Folio biographie - 2008
Le Caravage
Julien Salvy Gérard
Film - 2013
Une chambre en ville
Jacques Demy
Livre - Gallimard - 2011
Robert Rauschenberg : Photographies 1949-1962
Nicolas Cullinan
Susan Davidson

# Nantes

« Dans les prisons de Nantes », chante Tri Yann, « Dans la gare de Nantes », chante Higelin, mais c’est dans le port que la ville s’est transformée radicalement en faisant de cet ancien lieu de commerce un nouveau lieu de vie très animé le dimanche et en soirée. La mue commence en 2000 avec l’inauguration du Lieu Unique qui montre comment une usine de biscuits devient une fabrique de rêve ; la mue est ponctuée avec Estuaire, événement culturel sur l’estuaire. Jusqu’au mois de mai 2015, l’esprit marin investit la chapelle de l’Oratoire dont les murs nus sont habillés par les voiles et les filets de Claude Viallat.

Livre - Acte Sud / La Machine - 2010
Carnets de croquis & réalisations
François Delarozière
Livre - Acte Sud - 2006
Le Lieu Unique : Le chantier, un acte culturel / Nantes
Christophe Catsaros
Livre - Gallimard - 2008
Estuaire : L’art et le fleuve
Jean Blaise
Frédéric Bonnet
Dominique Luneau
Livre - Gallimard - 2008Editions Fage - 2015
Voiles, cordes, filets, parasols...
Claude Viallat

# Répétition du motif

L’histoire de la peinture montre le sujet, depuis Lascaux, jusqu’à ce que l’art moderne l’abandonne, avec la naissance de l’abstraction. Dans les années 1960, les artistes du groupe B.M.P.T. (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni), se lancent dans l’aventure de la répétition du sujet, à partir d’un motif, avec l’idée que cette empreinte devient leur signature ; Daniel Buren est l’artiste le plus connu de cette mouvance. Simon Hantaï a utilisé la technique du batik pour reproduire aléatoirement une forme. Dans la répétition du motif, Claude Viallat cultive les variations de rythme par les couleurs.

Livre - Gallimard - 2008
Estuaire : L’art et le fleuve
Jean Blaise
Frédéric Bonnet
Dominique Luneau
Livre - Gallimard - 2008Editions Fage - 2015
Voiles, cordes, filets, parasols...
Claude Viallat
Livre - Minuit - 2013
L’Etoilement - Conversation avec Hantaï
Huberman Georges Didi

# Organisation inventive

Dans la brochure que l’exposition a conçue pour les enfants, Claude Viallat présente la corde comme un point commun entre la cour de récréation et les marins. L’organisation des mailles des filets, conçues pour résister à une forte pression, inspire Viallat qui pourrait proclamer comme le fabriquant de moutarde : « Il n’y a que mailles qui m’aillent ! » ; il est aussi fasciné par les systèmes de tension des peaux sur châssis dont les indiens trappeurs font des boucliers et des raquettes, ainsi que par l’organisation de Tarzan dans la jungle, avec ses réseaux de lianes et sa baraque dans un arbre. A Nantes, c’est en étant inventif que Patrick Bouchain a réussi à dépasser la lourdeur administrative pour transformer une usine de biscuit en lieu culturel.

Livre - Acte Sud - 2006
Le Lieu Unique : Le chantier, un acte culturel / Nantes
Christophe Catsaros
Livre - Seuil - 2008
Michel Pageau, trappeur - J’ai entendu pleurer la forêt
Françoise Perriot
Livre - Omnibus - 2012
La Légende de Tarzan
Edgar Rice Burroughs

# Sauvage

Au bar de l’Amicale des Sauvages, on croise Tarzan, Robinson Crusoé et Vendredi ; au fond de la salle, Claude Levi-Strauss les observe de son regard perçant comme il a regardé vivre les peuplades sauvages dont il a tiré son livre La Pensée sauvage. Quand Viallat observe la réalisation sauvage, il voit le système qui la structure. Tarzan le fascine ; Robinson a inspiré le mouvement Supports/Surfaces. Construire une œuvre sauvage, Rauschenberg, artiste essentiel pour Viallat, l’a fait avec ses Combines. Un taureau n’est pas une œuvre, mais la puissance à l’état sauvage auquel s’est confronté Viallat dans sa jeunesse à Nîmes.

Livre - Gallimard - 2011
Robert Rauschenberg : Photographies 1949-1962
Nicolas Cullinan
Susan Davidson
Livre - Les cahiers intempestifs - 2008
Tauromachie 1 - Paso del toro
Claude Viallat
Alain Montcouquiol
Livre - IAC Editions d’Art - 2012
Robinson ou la force des choses
Bernard Ceysson
Gilbert Perlein

# Art profane dans un lieu saint

« Il y a le convenu, l’inconvenant et le convenable. Surtout pas le convenu, le convenable, à la rigueur, mais l’inconvenant, oui. », dit Claude Viallat dans le film Un jour dans la vie de Claude Viallat présenté à l’exposition dans la chapelle de l’Oratoire à Nantes. Pour lui, une chapelle est un lieu d’exposition comme un autre ; il prétend « avoir nié le côté baroque du lieu pour le faire coexister avec les toiles » pourtant les lignes et les courbes de l’architecture sont soulignées par ses œuvres. Matisse qu’il admire tant a décoré la chapelle du Rosaire à Saint-Paul de Vence. À la fin du film Avril, la décoration de la chapelle est-elle convenable ? Tout dépend de qui la regarde.

Livre - IAC Editions d’Art - 2012Editions Fage - 2015
Voiles, cordes, filets, parasols...
Claude Viallat
Livre - Quarto Gallimard - 1998
Henri Matisse, roman
Louis Aragon
Film - 2008
Avril
Mathieu Gérald Hustache

Pendant ce temps là ...