"Mais justement, elle n’existe pas la parité! Alors oui, je suis pour les quotas et pour la discrimination positive parce que de toutes façons la discrimination négative existe de fait".
A l’occasion de la sortie en Espagne, le 27 février prochain, de son dernier film : Habláme de la lluvia, Agnès Jaoui était à Madrid les 18 et 19 février dernier. Vive la culture a interviewé la réalisatrice. Elle nous parle du thème central de son film: une réflexion sur le féminisme, passé au crible de son thème de prédilection : le sentiment d’injustice, avec Jean-Pierre Bacri, fidèle co-scénariste et acteur, et le plus inattendu Jamel Debouze, dans le rôle d'assistant réalisteur. L’artiste aux multiples facettes (scénariste, actrice, réalisatrice et chanteuse) nous commente aussi le Goya du meilleur court-métrage de fiction qui vient de récompenser Miente d’Isabel de Ocampo, un scénario qu’elle avait sélectionné dans le cadre de l’atelier d’écriture qu’elle avait animé en novembre 2007 à la Casa Encendida, dans le cadre du pôle de création artistique franco-espagnol DeMon.
- Pourriez-vous me dire ce que symbolise la pluie dans votre film ?
- Je trouvais que la pluie avait quelque chose de plus intéressant à exploiter que le beau temps. On associe toujours le beau temps à la joie, au bonheur et je voulais travailler avec la pluie et voir ce que cela pouvait évoquer.
- Est-il pertinent de penser que, pour reprendre les mots de Karim, interprété par Jamel Debbouze, le fil conducteur de votre film est « l’humiliation ordinaire » ?
- Le fil conducteur c’est du film serait plutôt la façon dont chacun se sent victime d’une injustice et essaie de lutter pour être reconnu dans sa souffrance.
- Agathe Villanova, le personnage que vous incarnez, est, comme vous dans la vie réelle, une personnalité publique. Quel rapprochement peut-on faire entre vous et votre personnage, et plus précisément dans le rapport que vous entretenez avec les médias ?
- Le féminisme m’intéresse beaucoup comme elle, c’est l’une de mes préoccupations. Cependant, beaucoup de choses diffèrent entre nous deux. Je pense avoir plus de compassion, plus de sollicitude pour les gens disons plus « faibles ». Pour ce qui est des médias, j’ai toujours entretenu des rapports complexes avec eux car je m’en méfie. J’ai toujours l’impression que les médias sont comme un ogre qui avale tout, et qui vous passe à la moulinette avant de se débarasser de vous. En même temps, j’ai toujours envie de communiquer sur mes films, et je serais très triste si personne ne parlait de mon travail.
- Pour vous, les femmes ont-elles une façon particulière d’aborder la politique ?
- Non, je ne crois pas. Bien sûr, en tant que femmes, nous sommes plus sensibles à certains problèmes qui nous concernent directement, comme l’implantation de crèches par exemple. Mais il n’y a qu’à prendre l'exemple de Margaret Thatcher, je ne crois pas qu’elle était spécialement féminine dans sa façon de faire de la politique…
- Que pensez-vous de la parité telle qu’elle existe aujourd’hui en France, et qui passe justement, comme vous en faîtes état dans votre film, par la mise en place de quotas ?
- Mais justement, elle n’existe pas la parité! Alors oui, je suis pour les quotas et pour la discrimination positive parce que de toutes façons la discrimination négative existe de fait. La loi est là pour compenser le retard de la société. Mais, évidemment, je préférerais qu’il n’y ait pas besoin de loi ni de quotas...
- En novembre 2007, vous avez participé à des ateliers d’écriture de scénarios à Madrid dans le cadre de DeMon, le pôle de création franco-espagnol de l’Ambassade de France. Vous aviez à cette occasion sélectionné le scénario de Miente d’Isabel de Ocampo, qui vient de recevoir le Goya 2008 du meilleur court-métrage de fiction. Pourriez-vous me dire un mot sur cette fructueuse collaboration ?
- C’était extrêmement intéressant. Isabel de Ocampo m’a tout de suite paru d’un niveau excellent, elle n’avait pas besoin de moi pour lui apprendre quoi que ce soit. Ce qui était particulièrement intéressant c’est que l’on cherchait tous ensemble des solutions pour améliorer chacune des courts-métrages retenus. Même si je ne peux pas dire que je suis étonnée qu’Isabel ait gagné, je suis très contente qu’elle ait été récompensée parce qu’elle est vraiment talentueuse et volontaire. »
Interview réalisée pour Vive la Culture par Louise Binetruy