Christophe André

est notre invité

Christophe André, psychiatre et psychothérapeute au Service Hospitalo-Universitaire de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, est surtout connu pour avoir été parmi les premiers médecins à proposer à ses patients des approches de méditation laïque, dès 2004. Depuis, ses livres rencontrent un immense succès. Les chroniques, qu’il a lues l’été dernier, sur France Culture, étaient sous-titrées : « Un voyage dans le monde des émotions et des sensations ». Elles sont regroupées dans son dernier ouvrage. Il est notre invité.

< La sélection >

  • Cinéma mémoire

    Marc Perrone - Audio - 2017
    Marc Perrone dont j’adore l’ensemble du travail, que j’ai vu plusieurs fois en concert, a repris des airs qui accompagnaient les films du cinéma français de l’entre-deux-guerres : A Paris dans chaque faubourg, Moulin Rouge, Trois petites notes de musique, Mon amant de Saint-Jean… C’est magnifique de nostalgie, de délicatesse, interprété de façon très sobre, avec une grande intensité émotionnelle. Je suis aussi fasciné par l’accordéon parce que je suis issu d’une famille très populaire et quand je suis arrivé à Paris, je me suis tout de suite inscrit dans une école pour prendre des cours. J’en joue extrêmement mal, mais ça me met en joie. La puissance poétique de l’accordéon m’émeut beaucoup, surtout l’accordéon diatonique, au son plus dépouillé, proche de la viole de gambe et de la voix humaine. Je suis aussi touché par la personne de Marc Perrone qui souffre de sclérose en plaques depuis l’âge de vingt-cinq ans. Je suis médecin, je sais ce que ça représente, j’ai donc beaucoup d’estime et d’admiration pour ce grand bonhomme qui continue à faire des miracles avec son petit accordéon.
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  • Plume d’Ange

    Claude Nougaro - Audio - Barclay - 1977
    Étant toulousain, je suis un fan de Claude Nougaro, ce petit taureau plein de punch et roi du phrasé jazz. Je ne connais pas grand monde, surtout en langue française, qui sait chanter sur le jazz comme il a su le faire, qui a ce talent pour habiter cette musique avec des paroles très poétiques. C’est un jongleur de mots, comme Trenet, Brassens, dont l’œuvre chantée supporte extrêmement bien la mise sur papier. J’affectionne particulièrement l’album Plume d’Ange. A l’époque de sa sortie, le « concept album » était très à la mode : L’Homme à la tête de chou de Gainsbourg, ou Atom Heart Mother des Pink Floyd. Sur Plume d’Ange, la chanson éponyme occupait toute une face de l’album, en vinyle à l’époque ! C’est l’histoire d’un homme visité par un ange qui lui donne une de ses plumes, et qui va essayer de sauver l’humanité grâce à elle et devenir fou de ne pas réussir. Tout ça sur une musique assez étrange, moitié planante, moitié jazz ! Et il y a cette formule somptueuse : « la foi est plus belle que Dieu ! »
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  • Memorial

    Fats Waller - Audio - 1926-1941
    J’ai découvert Fats Waller grâce à un vieux voisin, Jean, qui était un collectionneur fou de disques de jazz. Il avait vécu l’explosion de cette musique en France, dans les années cinquante, quand, après la guerre, les musiciens venaient jouer à Paris. Jean était un grand copain de Sidney Bechet. C’est lui qui, un soir, m’a offert Memorial de Fats Waller, un coffret de huit albums. Quand je les ai écoutés, je suis tombé à la renverse. J’ai adoré ce jazz très simple, accessible, joyeux, mais mélancolique aussi parfois. On voit toujours Fats Waller comme le petit gros à chapeau melon qui roule des yeux dans des films de cabaret. Une image réductrice dont il souffrait. Un peu comme Henri Salvador dont on ne garde souvent en mémoire que les pitreries alors que c’était un jazzman extraordinaire. Fats Waller est mort tristement, de froid, seul dans un train, épuisé par la vie des tournées et les excès qui vont avec. Quand j’écoute sa musique pleine de vie, je repense à mon voisin et cela me réjouit.
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  • Docteur Jivago

    David Lean - Video - 1965
    C’est une de mes premières grandes émotions au cinéma. Je l’ai vu la première fois assez jeune, et c’est l’un des rares films que j’ai revu à plusieurs reprises. Il y a des scènes dont je me souviens parfaitement, comme celle, inaugurale, de l’enterrement de la mère, ou les grandes scènes de la révolution russe. Et cette fin, quand il revoit l’amour de sa vie, juste avant de mourir ! Ce mélange de vie personnelle sur fond de bouleversements historiques ! Je m’aperçois en vous parlant que ce film n’est peut-être pas étranger au fait que je sois moi aussi devenu médecin écrivain ! C’est un film que je porte au pinacle de mon panthéon cinématographique – qui est assez maigre par ailleurs !
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  • Jeremiah Johnson

    Sydney Pollack - Video - 1971
    Jeremiah Johnson, je l’ai découvert étudiant. C’est l’histoire de cet homme joué par Robert Redford, qui part dans le grand Ouest pour fuir la civilisation et se retrouver dans la pure nature. C’est un autre de mes phantasmes, l’humain confronté à la nature vaste, sauvage, contraint d’être très humble face aux éléments, à la recherche de son identité, de sa liberté intérieure… Je suis comme tout le monde, mais peut-être plus gravement que d’autres, j’adore être seul, et seul dans la nature. Mes moments d’euphorie, c’est faire des randonnées en solitaire en montagne, marcher au bord de la mer ou partir faire de la voile, tout seul. Pour moi, Jeremiah Johnson, c’est un solitaire sociable. Il ne déteste pas les humains, quand il les rencontre, il est plutôt content, comme à la fin du film quand il retrouve ce vieux trappeur qu’il salue de loin.
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    Go West ! ()
  • Blancanieves

    Pablo Berger - Video - 2012
    C’est le dernier film à m’avoir secoué. C’est un très beau film espagnol, muet, en noir et blanc, qui raconte le mythe de Blanche-Neige, dans l’Espagne franquiste de l’entre-deux-guerres, cette Espagne très cadenassée. C’est somptueux. A la fin, Blanche-Neige part avec une troupe de nains, mais des nains dans un cirque. Contrairement au mythe, dans Blancanieves l’histoire finit mal. C’est un film très triste, mais ça me plaît parce que je suis un grand mélancolique. Parfois, j’ai besoin de me mettre un grand shoot de tristesse, de tragédie, de malheur, comme pour me vacciner pour quelques semaines. Descendre très profondément dans la tristesse m’en libère en quelque sorte. Et pendant les jours qui suivent je me remets à aimer la vie !
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    De Gotan Project à Salif Keita ()
  • Cahiers, 1957-1972

    Emil Cioran - Livre - Gallimard - 1997
    "J’aime tout ce qu’écrit Cioran, mais ce que je préfère, c’est son journal. C’est son atelier, l’antichambre de son œuvre. On y retrouve la préfiguration de ses livres, notamment de ses aphorismes, mais c’est plus que ça, puisqu’il raconte aussi ses ballades dans la nature, il parle de ses proches, des auteurs de son époque, de ses états d’âme, sa détestation de la psychanalyse, tout ce qu’il lui passe par la tête. J’adore Cioran comme penseur parce qu’il a ce talent qu’avaient les moralistes français comme La Rochefoucauld, capables de synthétiser en quelques mots un trait de psychologie humaine universelle. Je crois qu’il y a peu d’auteurs qui soient allés aussi profond dans le désespoir, dans la noirceur, sans jamais être dans la violence ni le cynisme. Sa lecture me fait beaucoup de bien parce qu’il va tellement loin dans le côté sombre qu’on se dit que ça suffit, que la vie est belle, que ça vaut la peine ! Christian Bobin me disait un jour que Cioran était un « désillusionneur ». Il dézingue les pensées qui nous attirent vers les faux bonheurs, il les balaie complètement et nous laisse avec un esprit propre, libéré des artifices, des illusions inutiles. Du coup, on peut mieux voir ce qui est important."
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  • Le Journal 1887-1910

    Jules Renard - Livre - 1925
    Comme chez Cioran, c’est, pour moi, le chef d’œuvre de cet auteur connu pour son roman, Poil de Carotte. Le journal d’un introverti, d’un mélancolique un peu velléitaire. Il y a là, à la fois, ses doutes, des petites notes sur ses ballades dans la nature… Mais il voulait aussi être reconnu à Paris, être reçu à l’Académie française. Il raconte donc sa vie mondaine, ses rencontres avec d’autres auteurs plus doués que lui pour les intrigues. Il les envie, mais se rend compte aussi à quel point c’est superficiel, épuisant, violent. Qu’il n’est pas équipé pour ça, lui, l’introverti sensible qui vient de la Mayenne. Ce mélange m’a toujours beaucoup plu. Je me retrouve un peu dans cet auteur. Je crois qu’il n’y a pas un seul de mes livres, et j’en ai écrit vingt ou vingt-cinq, dans lequel je n’ai pas cité Jules Renard. C’est jubilatoire de se retrouver en parfaite communion avec un autre esprit humain à cent ans d’écart. La même façon de souffrir, les mêmes envies de fuir le monde, d’en faire partie aussi. Je ne cesse de le recommander.
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  • L'immense solitude : Avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin

    Frédéric Pajak - Livre - Les Editions Noir Sur Blanc - 2011
    "Je suis complètement fan. C’est remarquable. Les livres de Frédéric Pajak, mélangent souvent la biographie de gens connus, comme James Joyce ou Nietzsche, et un peu de sa propre autobiographie. Je ne connais que lui pour associer les images au texte de cette manière. Il y a souvent un grand dessin en noir et blanc, très sombre, à l’encre de Chine et un petit texte. Le dessin n’a jamais un rapport direct avec le texte, ce n’en est jamais l’illustration immédiate. Mais il est en lien avec le texte parce qu’il annonce quelque chose qui va se passer. C’est simplement suggéré. Cela donne une sensation de décalage, de déséquilibre permanent, et rend la lecture passionnante et inconfortable à la fois."
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  • La Vie intérieure

    Christophe André - Livre - L’Iconoclaste - 2018
    Le poète et philosophe allemand Novalis écrivait : « L’esprit réside là où le monde intérieur et le monde extérieur entrent en contact. » Mais à quoi peut nous servir le travail sur la vie intérieure ? À mieux comprendre qui nous sommes, et qui sont vraiment les personnes qui nous entourent ; à nous appuyer sur nos forces, à nous affranchir de nos faiblesses. Sans vie intérieure régulièrement explorée, pas de vie extérieure équilibrée. Il ne s’agit pas de fuir le monde pour se réfugier en nous-même, il ne s’agit pas de passer tout son temps à se ressasser et se perdre en soi-même. Il s’agit de vivre plus intelligemment.
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  • La Pie

    Claude Monet - Exposition - Musée d’Orsay - 1869
    La première fois que j’ai vu ce tableau, j’étais étudiant de passage à Paris, et je me souviens du choc que j’ai ressenti. J’ai du rester planté là, vingt minutes, à le regarder. Je n’avais jamais vu la neige et la lumière attrapées comme ça. En le voyant, la puissance d’évocation est si forte que l’on a l’impression de ressentir le froid. J’avais été soufflé par la puissance d’activation de la toile. Et aussi, et je l’ai compris bien plus tard, parce qu’elle illustre quelque chose qui est très important dans ma vie et mon travail : l’instant présent. C’est juste à cet instant que le soleil a cette coloration, que la pie est posée avant de prendre son envol ; dans une heure, quelques minutes même, tout sera différent. Là, à cet instant, on a un moment d’équilibre parfait. J’ai fait figurer cette peinture dans mon livre Méditer jour après jour, un traité de méditation dans lequel chaque leçon est accompagnée d’un tableau. C’est à la fois un choc personnel et un outil pédagogique !
  • Vierge à l’Enfant : Nostre Dame de Grasse

    Exposition - Musée des Augustins, Toulouse - Vers 1500
    Le Musée des Augustins, à Toulouse est, je crois, après Le Louvre, le plus beau musée de statuaire gothique. L’ensemble est extrêmement touchant, émouvant, on sent la foi des artistes dans leur œuvre. Dans cet ensemble, il y a une statue qui est hors du commun, une Vierge à l’Enfant : Nostre Dame de Grasse. C’est une statue polychrome, certainement réalisée dans la région. Cette Vierge à l’Enfant, qui est très jeune, à peine quatorze ou quinze ans, a un visage d’une beauté, d’une noblesse, d’une mélancolie, … comme si elle contemplait déjà le destin de son fils, sur ses genoux, qui, lui, regarde de l’autre côté. J’adore regarder les visages et la tête des gens dans la rue, et là, ce visage est pour moi au niveau de ceux de l’art khmer dans son expression de tristesse sereine. Quiconque va à Toulouse doit aller voir cette merveille.
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  • Catherine Geoffray

    Catherine Geoffray - Exposition - 2018
    C’est une exposition proposée par une artiste contemporaine qui depuis quatre ans consigne le  rêve qu’elle a fait dans la nuit, sous la forme d’un récit suivi d’un dessin magnifique au stylo sur des carnets Moleskine. Le ton est clinique, sans commentaire. Elle a un grand talent pour rendre les atmosphères à la fois froides et complètement étranges de ses rêves. En même temps, inspirée par l’état émotionnel dans lequel l’ont plongée ces rêves, elle modèle dans de la porcelaine des formes organiques étonnantes, sortes de coquillages préhistoriques qui se seraient accouplés avec des Aliens ! Elle prépare une exposition où elle présentera ses sculptures dans lesquelles un petit dispositif sonore diffusera le récit de ses rêves. En approchant son oreille, au lieu d’entendre le bruit de la mer, on entendra ces étranges récits oniriques. J’adore tous ces artistes contemporains qui créent des dispositifs nous faisant baigner dans des environnements atypiques et très actifs émotionnellement.
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Cinéma mémoire
Marc Perrone

Plume d’Ange
Claude Nougaro

Memorial
Fats Waller

Docteur Jivago
David Lean

Jeremiah Johnson
Sydney Pollack

Blancanieves
Pablo Berger

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Emil Cioran

Le Journal 1887-1910
Jules Renard

L'immense solitude : Avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin
Frédéric Pajak

La Vie intérieure
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La Pie
Claude Monet

Vierge à l’Enfant : Nostre Dame de Grasse

Catherine Geoffray
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  • Marc Perrone | Cinéma mémoire
  • Claude Nougaro | Plume d’Ange
  • Fats Waller | Memorial
  • David Lean | Docteur Jivago
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  • Pablo Berger | Blancanieves
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  • Frédéric Pajak | L’immense solitude : Avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin
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  • | Vierge à l’Enfant : Nostre Dame de Grasse
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